10 janvier 2033 à Arlon, dernier
chef-lieu de province -- sud du pays
Le froid vif de ce début d’année mordait la peau, mais le ciel était clair,
d’un bleu éclatant. Les rues d’Arlon se remplissaient déjà tôt, malgré l’heure
matinale. Ici, au cœur du Luxembourg belge, l’attente était palpable.
Nous arrivâmes en voiture
officielle, Edward à mes côtés. Je regardai la ville défiler, ses façades en
pierre ocre, les petites boutiques encore décorées des dernières lueurs de
Noël. L’atmosphère était différente, plus intime, presque familiale.
Ce
jour-là, je portais un long manteau d’hiver en tweed brun clair, à la coupe
élégante et structurée, souligné de boutons dorés parfaitement alignés. Une
toque assortie et une paire de gants foncés complétaient l’ensemble, dans un
style à la fois classique et chaleureux.
Devant le palais provincial, une foule chaleureuse nous accueillit, les
visages souriants, les mains qui applaudissaient. L’air était chargé d’une
curiosité douce, d’une bienveillance qui nous touchait profondément.
La tradition locale voulait que nous saluions d’abord les autorités, puis
que nous partions pour un bain de foule. Edward, toujours à mes côtés, me
serrait la main avec une force tranquille. La complicité entre nous était
visible, elle rassurait.
Pendant le parcours, des enfants nous tendirent des dessins, des fleurs, des
mots griffonnés à la hâte mais pleins de sincérité. Un vieil homme m’offrit une
pièce de monnaie ancienne, souvenir d’une Arlon d’antan. Je le remerciai avec
émotion.
Les conversations étaient chaleureuses, parfois ponctuées de questions sur
la vie à Bruxelles, sur nos projets pour le pays. J’échangeai quelques mots en
luxembourgeois avec une dame âgée, qui sourit, surprise de voir la reine parler
sa langue.
Edward, lui, s’intéressa aux artisans locaux, échangeant avec un forgeron
fier de son métier. Son regard s’illumina quand on lui montra une pièce forgée
en souvenir.
À la fin de la journée, alors que nous regagnâmes la voiture, je sentis un
poids léger mais bien réel : celui d’une responsabilité qui grandissait, mais
aussi d’un lien renforcé avec ce pays, cette terre, ces gens.
— Tu sais, me dit Edward en souriant. Ici, je comprends un peu
mieux ce que ça veut dire d’être « chez soi ».
Je lui rendis son sourire, le cœur un peu plus apaisé. Cette tournée, même
si elle était épuisante, avait quelque chose d’essentiel : elle nous
rapprochait, elle nous ancrait.
*** LATRP ***
Eupen était une petite ville
tranquille, mais elle représentait le cœur vibrant de la communauté
germanophone belge. Dès notre arrivée, je sentis que l’accueil serait
chaleureux, même si la langue allemande me semblait un peu étrangère. Je fis un
effort pour prononcer quelques mots en allemand, et voir les sourires, les
applaudissements, me toucha profondément.
La journée fut rythmée par des
visites symboliques : le centre culturel, une école bilingue, une entreprise
locale engagée dans le développement durable. Le public, composé de familles et
de représentants communautaires, écoutait avec attention, plein de curiosité.
Edward s’intéressa
particulièrement aux initiatives sociales locales, posant des questions
précises. Je percevais sa sincère implication, ce qui me rassurait. Quant à
moi, je tâchai de répondre avec mon sourire et ma bienveillance naturelle.
Le bain de foule à Eupen fut plus
intime que dans d’autres villes, mais tout aussi intense. Les habitants
tenaient à nous témoigner leur attachement au pays et leur fierté pour leur
culture. Nous prîmes le temps d’échanger, d’écouter, de poser pour des photos.
La presse locale parla d’un «
succès tranquille mais certain ». Cela me plut : la simplicité et la sincérité
avant tout.
Bruxelles fut la dernière étape
de notre tournée. La capitale fédérale, le cœur politique du pays. L’enjeu
était important. Ici se concentraient toutes les tensions, toutes les
espérances.
Le palais royal, décoré avec
soin, accueillit une foule nombreuse venue célébrer ma nouvelle fonction.
Edward et moi, désormais aguerris, maîtrisâmes chaque instant avec plus
d’aisance.
La journée commença par une
cérémonie officielle en présence des institutions, suivie d’une visite.
Le bain de foule à Bruxelles fut
intense, vibrant, parfois bruyant. Les visages étaient divers, les accents
multiples, mais le message était clair : la monarchie était là pour rassembler.
La presse nationale salua un 12
sur 12 pour nous, parlant de « modèle de diplomatie douce » et de «
victoire pour la monarchie moderne ». J’avoue que ce succès me rassura
profondément et m’encouragea.
*** LATRP ***
Je réalisai soudain que la Saint-Valentin était passée… sans que je m’en
fusse aperçue. Edward n’en parla même pas, et moi non plus ; j’avais été trop
absorbée par le rythme effréné de notre tournée à travers le pays.
Mais maintenant que tout était terminé, j’aurais dû ressentir un peu de
soulagement, un apaisement… Pourtant, cette fatigue, elle, ne s’en allait pas.
Six semaines s’étaient écoulées depuis mes dernières règles, et je me rappelai
comment j’avais d’abord pensé que ce n’était que la conséquence de l’intensité
de ces visites, de ce stress.
Mais alors que les jours passaient, cette excuse ne suffisait plus. Je
sentais, au fond de moi, un doute, une interrogation qui grandissait doucement,
presque timidement. Avais-je oublié quelque chose d’essentiel ?
Je regardai Edward, si calme, si rassurant, qui ne semblait pas remarquer
ce petit changement en moi. Peut-être que lui aussi se voilait la face.
Peut-être que, comme moi, il attendait de voir, de comprendre.
Mais une chose était sûre : ce silence, cette absence de mots, n’attisait
que davantage mes pensées.
La fatigue ne me quittait pas. Chaque matin, j’émergeais avec difficulté,
même après une nuit complète. Mes jambes me semblaient lourdes, mon estomac
parfois capricieux, sans que je pusse vraiment mettre le doigt sur ce qui
n’allait pas.
Un matin, en me regardant dans le miroir, je remarquai une pâleur
inhabituelle, un éclat un peu éteint dans mes yeux. Je me surpris à soupirer, à
vouloir cacher cette faiblesse derrière un sourire poli.
Je repensai à ces dernières semaines, aux jours qui avaient défilé sans
que je prenne vraiment le temps de m’écouter. Et puis, ce silence dans mon
corps… ce silence que je ne voulais pas entendre.
C’est alors que l’idée s’imposa à moi, avec une force tranquille : et si
j’étais enceinte ?
Je n’osai d’abord y croire. Je repensai à ces moments d’intimité avec
Edward, à cette complicité retrouvée pendant les fêtes.
Mais l’idée grandit, envahit mes pensées. Je décidai alors d’agir avec
prudence. Je demandai à Lauren, celle qui était restée mon assistante de
confiance, d’aller chercher discrètement un test de grossesse à la pharmacie.
Je lui expliquai, à voix basse, que je voulais être sûre avant d’en parler à
qui que ce fût.
Lauren acquiesça, son regard plein de douceur et de compréhension. Je
savais que je pouvais compter sur sa loyauté et sa discrétion.
Quelques heures plus tard, dans l’intimité de ma chambre, je réalisai ce
test. Le temps sembla suspendu. Le regard fixé sur ce petit bâtonnet blanc, mon
cœur battit la chamade.
Le résultat s’afficha enfin, clair et indéniable.
J’étais enceinte.
Dès que le test afficha son verdict, une vague de chaleur m’envahit, mêlée
d’un vertige léger. J’eus besoin d’une confirmation officielle. Dès le
lendemain matin, je pris discrètement rendez-vous avec ma gynécologue.
Elle m’examina, m’écouta, et sans détour, confirma ce que je savais déjà
dans mon cœur.
"Toutes les analyses sont claires, Majesté. Félicitations. Vous
êtes bel et bien enceinte."
Le mot résonna, s’imprima : enceinte.
Je marchai lentement en quittant le cabinet, comme si je voulais savourer
chaque pas de cette nouvelle vie qui commençait.
Je rentrai au palais et retrouvai Edward dans notre salon privé. Il était
installé dans un fauteuil, lisant quelques dossiers, l’air paisible. Je m’assis
face à lui, les mains tremblantes de douceur.
— Edward… l’interpelai-je alors.
Il leva les yeux vers moi. Je souris, les yeux brillants.
— Oui ? Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta mon mari.
— Tout va bien… tout va merveilleusement bien. Je suis enceinte.
Il me fixa, d’abord interdit, puis un sourire lent et large éclaira son
visage. Il se leva d’un bond, me prit dans ses bras, rit presque.
— Tu es sérieuse ? Bella ! C’est… c’est fantastique ! s’exclama-t-il.
Ses mains glissèrent jusqu’à mon ventre, encore plat, et il y posa un
baiser. Ce fut la première fois que je le vis aussi ému, sans aucune retenue.
Un peu plus tard dans la journée, je pris mon téléphone et appelai Alice.
J’eus à peine le temps de dire « Allô » qu’elle me coupa :
— Ne dis rien, je sais exactement ce que tu vas m’annoncer.
Je restai figée.
— Tu… tu sais ? m’étonnai-je, même si je ne devais pas être
surprise.
Alice savait toujours tout avant même qu’on ne le lui dise.
Elle éclata de rire :
— Bella, tu es ma belle-sœur, mais surtout ma meilleure amie. Je l’ai
deviné tout de suite. Et devine quoi ? Moi aussi, j’ai une bonne nouvelle. Je
suis enceinte.
Un éclat de surprise, de joie et d’irréalité me submergea.
— Tu es sérieuse ? Alice ! C’est fou ! On est enceintes en même temps !
On rit toutes les deux, un peu folles, un peu bouleversées, et déjà unies
d’un lien encore plus fort que celui de l’amitié ou du mariage : celui de la
maternité qui commençait ensemble.
Maintenant, il me fallait l’annoncer à mes parents.
Je fis signe à Edward que j’y allais seule cette fois. C’était quelque
chose que je voulais dire moi-même, les yeux dans les yeux.
Renée et Charlie étaient dans le petit salon du palais, là où on se
retrouvait toujours en famille quand il n’y avait pas d’apparat. Ils
discutaient doucement, en prenant un thé. Ma mère leva les yeux vers moi,
sourit.
— Tu as une drôle de tête, Bella… Tout va bien ? demanda-t-elle.
Je m’assis, croisai les mains, respirai une fois, puis je les regardai.
— J’ai une nouvelle à vous annoncer. Je… je
suis enceinte, balançai-je directement.
Un silence. Une fraction de seconde. Puis une explosion de joie. Maman
porta les mains à sa bouche, les yeux déjà pleins de larmes. Papa se leva, me
serra dans ses bras avec une émotion contenue, comme il le faisait toujours.
— Mon Dieu, Bella… C’est merveilleux ! dit alors ce dernier.
— Vous allez être grands-parents, soufflai-je, les larmes aux yeux.
— Et tu vas être une mère, murmura Renée en posant sa main sur ma
joue. Une excellente mère.
***LATRP***
Mars 2033
La nouvelle resta entre nous quelques jours. Mais
très vite, il fallut repartir. Cette fois, ce ne fut plus une province belge
que nous visitâmes, mais un pays.
Après la série intense des joyeuses entrées à travers
la Belgique, Edward et moi nous étions envolés pour Stockholm, où nous étions
attendus pour une visite d’État officielle, la première depuis que Victoria
avait succédé à son père. La Reine, plus âgée que moi d’une bonne génération,
portait déjà la sérénité d’une monarque accomplie, mais il y avait dans son
regard une chaleur discrète que je reconnaissais, liée à notre lien familial :
nous étions parentes, un peu éloignées, par nos ancêtres royaux communs. Et
plus directement encore, nous partagions l’héritage de la reine Astrid, son
arrière-grand-tante et mon arrière-grand-mère.
C’était ma première sortie officielle depuis que
j’avais appris, quelques jours plus tôt à peine, que j’étais enceinte. À ce
stade, seuls nos proches étaient au courant, et je faisais tout pour que cela
ne se voie pas. Mais je me sentais différente. Un peu plus lente dans mes
gestes. Un peu plus vulnérable aussi.
Victoria et Daniel nous accueillirent avec chaleur au
palais royal.
Bienvenue chez vous, en quelque sorte, » me dit
Victoria avec un sourire tendre en m’embrassant légèrement sur la joue.
— Merci, Votre Majesté, c’est un honneur, et un
peu une émotion aussi, répondis-je, touchée.
Edward, à mes côtés, ajouta avec un clin d’œil :
— Je crois qu’il faut que je m’habitue à avoir des
cousines dans tous les palais d’Europe.
— C’est le privilège, ou la conséquence, des
vieilles lignées ! plaisanta Daniel, en lui serrant la main.
— On comprend mieux pourquoi on appelait la Reine
Victoria la grand-mère de l’Europe, ajouta Victoria avec malice. Ou
peut-être la belle-mère, selon les mariages…
— Ce qui explique bien des choses, murmurai-je
amusée.
Les premières heures furent ponctuées d’échanges
officiels, de discours, de sourires. Puis, dans un moment plus calme, Victoria
me proposa une promenade à l’écart, dans les jardins du palais.
— Comment te sens-tu ? me demanda-t-elle
doucement, lorsque nous fûmes seules.
Je lui souris.
— Bien. Un peu fatiguée, mais heureuse d’être ici.
Elle hocha lentement la tête, puis, après une pause :
— J’ai porté deux enfants. Je sais reconnaître
cette lumière dans les yeux… et ce léger vertige quand on se lève trop vite.
Félicitations, Bella !
Je la regardai, bouche entrouverte, émue. Elle
savait.
— Merci… mais… comment as-tu deviné ?
— L’instinct, et l’expérience. Tu n’as pas à
t’inquiéter. Je n’en dirai rien.
Je lui serrai discrètement la main, reconnaissante.
Elle m’offrit un sourire complice.
Le soir venu, lors du dîner officiel, l’ambiance
était à la fois solennelle et familiale.
— J’ai appris que nous avions partagé quelques
ancêtres turbulents à la cour de Danemark,
dit Victoria à Edward en riant doucement.
— Ce ne serait pas étonnant. Il paraît que
l’Europe entière descend du roi Christian IX, répondit-il en levant son verre.
— Et de la Reine Victoria, si on compte les
alliances anglaises, renchérit Daniel.
Je me penchai vers Victoria, amusée :
— Ce qui compte, c’est que cela nous donne une
bonne excuse pour nous sentir en famille, non ?
— Absolument, répondit-elle avec chaleur.
Cette visite d’État était bien plus qu’une formalité
: c’était la rencontre de deux générations de femmes, deux reines, l’une en
place, l’autre en devenir, liées par le sang, l’histoire… et maintenant, le
secret d’une vie à venir.
La lumière tamisée de la suite d’invités filtrait à
travers les rideaux tirés. J’avais ôté mes talons et défait les boucles trop
sages de mon chignon. Assise dans un fauteuil bas, les pieds posés sur un
coussin, je laissais enfin mon corps se relâcher. Edward sortit de la salle de
bain en manches de chemise, encore élégant malgré la fatigue.
Il vint s’asseoir sur l’accoudoir du fauteuil et
passa doucement une main sur mon épaule.
— Tu vas bien ? demanda-t-il à voix basse.
Je hochai la tête, puis souris faiblement.
— Fatiguée… mais ça va. C’était une belle journée.
Il m’observa un instant en silence, puis dit
doucement :
— Victoria t’a dit quelque chose, quand vous étiez
dans le jardin.
Je relevai les yeux vers lui.
— Elle a
compris, lui dis-je.
— Quoi ? Elle… elle sait ? murmura-t-il, un
peu surpris.
— Oui, elle m’a regardée… et elle a su. Elle n’a
rien dit de trop. Juste... "félicitations".
Edward eut un petit rire tendre.
— Les mères ont des radars. Les reines, encore
plus.
Je posai ma main sur la sienne.
— Je me suis sentie... vue, mais pas exposée. Elle
m’a comprise, sans me juger.
Il m’embrassa sur le front.
— Elle a
été à ta place. Et un jour, toi aussi tu le seras, pour une autre.
Je fermai les yeux un instant. L’instant était
doux, suspendu. J’étais encore la même — et déjà un peu plus que moi.
Les journées furent bien remplies, entre visites officielles, rencontres
avec des acteurs culturels et économiques, et des moments plus légers, comme
nos promenades dans les jardins royaux. J’appréciai beaucoup ces instants où le
protocole s’effaçait un peu, laissant place à la simplicité et à la sincérité.
Le soir, lors d’un dîner intime avec Victoria et Daniel, nous pûmes
échanger librement, comme de vieilles connaissances, sans masque ni formalité.
Ce fut réconfortant, et cela renforça ce lien familial qui nous unissait.
Je ne pus m’empêcher de penser à mon arrière-grand-mère Astrid, née en
Suède. Ce pays occupait une place particulière dans mon cœur, et cette visite
officielle ajouta une dimension plus personnelle à ce voyage.
Quand vint le temps de partir, je ressentis une véritable affection pour
la Suède et ses habitants, ainsi qu’une envie sincère d’y revenir bientôt.
Assise près du hublot dans l’avion qui nous ramenait à Bruxelles, je
laissai mon regard se perdre dans les nuages gris qui filaient sous nos ailes.
Le poids de ces dernières semaines commençait doucement à retomber, et avec
lui, une vague de pensées s’infiltra, calme et persistante.
Je repensai à ce moment, si précieux, sur la terrasse du palais. Ce moment
où Victoria avait vu ce que je ne pouvais pas encore dire tout haut, ce moment
où elle avait deviné que je portais en moi un secret si fragile, encore tout
neuf.
De retour depuis quelques semaines à Bruxelles, je sentis peu à peu la
fatigue et les nausées du début s’estomper. Entrer dans ce deuxième trimestre
fut comme un nouveau souffle, une lumière au bout du tunnel.
Le Palais décida alors qu’il était temps d’annoncer la nouvelle au public.
J’étais à la fois nerveuse et heureuse. Cette grossesse que je gardais si
précieusement depuis des semaines allait enfin être partagée avec tout le pays.
Le jour de l’annonce, Edward resta à mes côtés, calme et rassurant comme
toujours. Nous savions que c’était un moment important, non seulement pour
nous, mais pour tout un peuple qui allait suivre cette aventure avec attention.
Quand la déclaration officielle fut publiée, je ressentis une immense
tendresse mêlée à une douce fierté. J’étais enceinte, et déjà, je sentais que
ce petit être allait changer ma vie — et celle du royaume — à jamais.
Le Palais choisit Instagram pour publier l’annonce,
comme c’était devenu la coutume ces dernières années. Une photo douce, prise
quelques jours plus tôt dans les jardins du château de Laeken. J’y apparaissais
en robe verte (couleur qui rappelait celle des yeux du père de mon enfant), une
main posée sur mon ventre encore discret, mon époux debout à mes côtés, vêtu
d’une chemise bleu foncé, le regard tourné vers moi avec tendresse.
La légende était simple, sobre, à notre image :
« Un futur héritier est en route
La reine Isabella et le roi consort Edward ont la
joie de vous annoncer l’arrivée prochaine de leur premier enfant.
#QueenIsabellaOfBelgium #KingConsortEdward
L’enfant est attendu pour cet automne.
Le Palais Royal »
a publication explosa en quelques minutes. Les
commentaires affluèrent, par milliers, venus des quatre coins du pays – et bien
au-delà.
Les médias reprirent l’information instantanément :
“La Belgique en liesse : la Reine est enceinte !”
“Un héritier en route : la monarchie belge entre dans une nouvelle
génération.”
“Isabella et Edward, bientôt parents : la nouvelle que tout le pays
attendait.”
Mais ce qui m’émut le plus, ce furent les messages des
gens ordinaires, sous la publication :
"Quelle merveilleuse nouvelle, félicitations à
nos souverains !"
"Tellement heureux pour vous, vous êtes un si beau couple."
"Un bébé royal ! Quelle joie pour la Belgique !"
"Que cet enfant naisse dans l’amour et la paix."
"On a hâte de voir le petit bout, prenez soin de vous Majesté."
Il y avait même des messages en allemand, en
néerlandais, en anglais. Une vague de chaleur me traversa à travers l’écran.
J’en lus des dizaines, peut-être des centaines. J’en
avais les larmes aux yeux. Pour une fois, je n’étais pas seulement Reine.
J’étais une femme, une future mère, et ces messages me touchaient en plein
cœur.
Je ne m’y attendais pas, mais quelques heures après
notre publication, une autre photo surgit sur mon fil Instagram. C’était sur le
compte officiel des Wessex, Alice et Jasper. Je tombai sur la photo alors que
je faisais défiler distraitement mon fil. Elle m’apparut comme une scène figée
dans le temps, élégante et pleine de grâce. Alice était assise sur un banc dans
les jardins de Windsor. Elle portait une robe claire, simple et soignée, qui
soulignait doucement la rondeur de son ventre. Ses mains étaient posées avec
tendresse sur celui-ci, et son sourire, calme et lumineux, me rappela cette
plénitude si particulière des débuts de la maternité.
À ses côtés, Jasper se tenait droit, vêtu d’un costume
sombre, impeccable. Son regard, cette fois, n’était pas tourné vers elle, mais
droit vers l’objectif, comme s’il voulait affirmer leur bonheur au monde
entier. Une main enveloppait celle d’Alice sur son ventre, l’autre reposait sur
sa cuisse avec une tranquille assurance. Il dégageait une force discrète, un
soutien solide.
La légende annonçait qu’ils attendaient leur premier
enfant. Une émotion douce m’envahit. Nous étions à des kilomètres de distance,
dans deux royaumes différents, mais désormais liées par la même attente, la
même promesse.
Une autre publication touchante m’apparut ensuite,
venant cette fois du compte de la famille royale britannique :
@RoyalFamily
« Leurs
Majestés le Roi Carlisle et la Reine Esmée ont la grande joie d’annoncer que
leur fille, la Comtesse de Wessex, attend son premier enfant. La Comtesse Alice
et son époux, le Comte Jasper, sont comblés par cette heureuse nouvelle.
»
Le Palais tient
également à féliciter Leurs Majestés la Reine Isabella et le Roi Consort Edward
de Belgique, à l’occasion de la grossesse de leur premier enfant.
Avec déjà un
petit-fils et une petite-fille, nés du Prince héritier Emmett et de la
Princesse Rosalie, Leurs Majestés se réjouissent à l’idée d’accueillir bientôt
deux nouveaux petits-enfants dans la famille.
Je restai un moment figée
devant ce message, Alice et moi… enceintes en même temps à quelques semaines
d’écart. Je repensai à notre appel, à ce moment suspendu où elle m’avait
devancée, sûre d’elle, et m’avait dit qu’elle savait déjà ce que j’allais lui annoncer.
Elle ne l’avait pas
deviné. Elle l’avait ressenti, comme une sœur.
Les médias britanniques sautèrent sur la double nouvelle :
“Deux belles-sœurs deux futures mères : le bonheur partagé de Bella et
Alice.”
“Baby-boom royal en Europe : la Belgique et le Royaume-Uni attendent.”
“Le futur de deux couronnes en route.”
Les commentaires sous le post d’Alice étaient aussi tendres que ceux que
nous avions reçus. Des félicitations croisées, des messages d’amour, des cœurs,
des drapeaux. Le peuple britannique était aussi ému que le nôtre.
Et moi… moi, je ne pouvais pas m’empêcher de sourire. Cette grossesse, que
j’avais vécue dans le secret pendant des semaines, devenait tout à coup
partagée, portée, célébrée.
Un double miracle, et je n’étais pas seule. Alice était là, avec moi, sur
ce chemin.
[PDV Esmée]
Quand la nouvelle tomba, je posai une main sur ma bouche, submergée par une
émotion inattendue. Deux bébés. Deux jeunes femmes que j’aimais profondément —
Bella, reine de Belgique, et Alice, ma fille — et maintenant, elles allaient
devenir mères.
Je me tournai vers Carlisle, les yeux brillants.
« Tu te rends compte ? Un petit-enfant à Bruxelles… et le tout premier
bébé d’Alice. »
Mais plus que tout, je pensais à Edward. Mon fils, mon petit garçon qui
allait devenir père. J’imaginais son regard lorsqu’il apprit la nouvelle, son
émotion discrète, mais immense. Je le connaissais bien.
Je me laissai tomber dans le fauteuil, le cœur débordant. Ce n’était pas
seulement de la joie. C’était un sentiment de transmission. D’avenir. D’amour
qui se multiplie. J’avais envie de serrer Alice dans mes bras, de lui dire
combien j’étais fière d’elle. Et Bella aussi.
Les voir toutes les deux à ce tournant si doux de leur vie… c’était une
émotion que je n’oublierais jamais.
***LATRP***
Mai 2033
Notre deuxième visite d’État à l’étranger fut un peu particulière. Ce
n’était pas un déplacement diplomatique ordinaire : c’était aussi un retour en
famille, Londres, La maison d’Edward.
À notre arrivée, je n’eus pas le temps de faire deux pas sur le tapis rouge
qu’Esmée s’était déjà précipitée vers moi. Oubliant tout protocole — ce qui me
fit sourire — elle m’enlaça avec une chaleur débordante.
— Je n’arrive pas à croire que vous allez devenir parents !
murmura-t-elle à mon oreille, les yeux brillants. Tu ne peux pas savoir
comme je suis heureuse…
Edward, à côté de moi, souriait, un peu gêné par tant d’émotion publique,
mais je sentais que cela le touchait. C’était comme rentrer chez soi, mais avec
un nouveau rôle, une nouvelle identité. Nous étions toujours Bella et Edward.
Bientôt, nous serions aussi maman et papa.
Alice arriva presque en courant, le visage rayonnant. Elle me serra dans
ses bras en riant, et je sentis son ventre rond se presser contre le mien. Nos
yeux se croisèrent, et d’un coup, nous éclatâmes de rire, toutes les deux.
— On dirait deux lunes qui se saluent, plaisanta-t-elle en posant les
mains sur ses hanches.
Je caressai doucement mon propre ventre.
— C’est fou comme ça pousse vite… constatai-je.
— Et ça ne fait que commencer, dit-elle, avec ce regard complice que
seules les femmes enceintes peuvent vraiment se partager.
C’était irréel, doux et joyeux. Dans ce décor si solennel, entourées d’or,
de pierres et d’histoire, ce n’était plus la royauté qui comptait. C’était la
vie qui arrivait. Deux vies. Deux cousins à quelques mois près. Et deux
grands-mères qui n’allaient bientôt plus parler que de layettes, de biberons et
de premiers sourires.
Quelques jours après notre arrivée à Londres, Carlisle, Esmée, Edward,
Alice et moi décidâmes de faire un détour par l’Université d’Oxford. Ce lieu
avait une place toute particulière dans mon cœur — c’était là que j’avais passé
des années d’études intenses, aux côtés d’Alice, à apprendre, à rêver, à
construire nos avenirs.
En posant le pied sur les pavés familiers, une vague de nostalgie
m’envahit. L’air avait ce parfum unique, mélange de vieilles pierres, d’herbe
fraîche et de livres anciens. Mon mari et sa sœur semblaient apprécier eux
aussi cette immersion dans mon passé.
Je savais que cette journée à Oxford serait spéciale, alors j’avais choisi
une tenue à la fois simple et pleine de sens. Je portais un manteau vert
tendre, dont la coupe fluide épousait doucement les formes nouvelles de mon
corps. La robe assortie, légère et élégante, tombait avec grâce autour de mon
ventre arrondi. J’avais noué un ruban au col, comme un discret clin d’œil à
l’université, à cette tradition d’étude et de savoir que j’aimais tant. Sous la
lumière douce du matin, je me sentais à ma place, à la fois étudiante d’hier et
mère de demain.
Nous fûmes accueillis chaleureusement par plusieurs professeurs que je
connaissais bien, toujours passionnés et fidèles à leur poste. Ils me serrèrent
dans leurs bras, ravis de voir que j’avais réalisé ce que j’avais toujours
espéré. Les échanges étaient empreints de douceur et de respect, et ils
voulaient tout savoir sur mes nouvelles responsabilités, sur notre famille, et,
bien sûr, sur la grossesse.
Assise dans une salle de classe encore décorée de souvenirs, je ressentis
un profond attachement à cette université, comme si elle faisait partie
intégrante de ce que j’étais devenue. Ce fut un moment suspendu dans le temps,
entre passé et présent, entre jeune étudiante et reine en devenir.
Alice, à mes côtés, partageait ce même sourire complice. Mon époux, lui,
écoutait attentivement, curieux et admiratif, découvrant un peu plus de mes
racines. Ce fut une journée parfaite, simple et douce, une pause bienvenue
avant de reprendre nos obligations royales.
À la sortie du bâtiment, nous fûmes accueillis par une clameur joyeuse. La
foule s'était massée dans les rues d’Oxford, encadrée par un discret mais
vigilant dispositif de sécurité. Edward me lança un regard tendre, et je sentis
sa main frôler la mienne, presque imperceptiblement.
Il y avait des centaines de personnes, peut-être davantage, et dans leurs
mains, des petits drapeaux s’agitaient au rythme des acclamations. Certains
étaient aux couleurs de l’Union Jack, d’autres aux teintes rouge, jaune et noir
de la Belgique. Le mélange de ces deux identités flottant côte à côte dans
l’air frais de l’après-midi me serra le cœur.
Nous prîmes le temps de saluer les gens, d’échanger quelques mots, des
sourires, des mains serrées. Je vis une vieille dame qui me tendait une photo
visiblement ancienne, prise lors de ma première année à Oxford, et un petit
garçon qui portait une couronne en carton décorée de brillants autocollants
rouges. C’était un bain de foule sincère, presque intime, malgré l’ampleur. Et
dans ces visages enthousiastes, je sentais une affection véritable – pour moi,
pour Edward, pour ce que nous représentions ensemble.
Après ces quelques jours intenses passés à Londres, à visiter avec Carlisle
et Esmée plusieurs entreprises belgo-britanniques, Edward et moi retournâmes à
Bruxelles. Nous étions plus soudés que jamais. Ces moments partagés en famille,
la joie commune autour de nos grossesses, tout cela nous avait profondément
rapprochés.
***LATRP***

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