Début juin 2033
Le printemps passa à une
vitesse folle. Les jours s’allongeaient, les fleurs éclataient de couleurs, et
bientôt, l’été s’installa. Un matin de juin, en feuilletant les journaux
disposés sur le guéridon de la salle è manger, je tombai sur un article à la
une du Soir Magazine :
“Les bookmakers
britanniques s’en donnent à cœur joie : duel amical entre les grossesses
royales !”
Je posai ma tasse,
intriguée, et Edward se pencha vers moi pour lire par-dessus mon épaule.
L’article détaillait les paris en cours à Londres : les cotes pour le sexe de
nos bébés respectifs, les prénoms les plus misés, les spéculations des
tabloïds… tout y était.
— Alors là…
murmura mon mari en riant. Je ne m’y attendais pas.
Les prénoms favoris pour
notre enfant étaient Élisabeth, Louise et Gabrielle si c’était une fille ;
Albert et Léopold si c’était un garçon. Certains parieurs misaient sur un prénom
“mixte”, susceptible de convenir à la fois à la Belgique et au Royaume-Uni.
Pour Alice, les cotes
penchaient vers Margaret, Eleanor ou Victoria, et Arthur ou Henry.
— Tu as vu ?
dis-je en lui montrant une phrase soulignée. Une minorité mise même sur un
scénario improbable : les deux belles-sœurs pourraient accoucher le même jour.
Ce serait la "double royal baby day’ !”
— Ils sont fous,
commenta-t-il en haussant les épaules. Mais c’est très britannique.
Dans l’après-midi, je
téléphonai à Alice. Elle décrocha presque immédiatement, un sourire dans la
voix.
— Tu as vu The
Telegraph ? demanda-t-elle d’emblée.
— Non, mais Le Soir
Magazine s’en est donné à cœur joie aussi. Tu sais que “Margaret” est en tête
pour toi ?
— Et pour toi, c’est
“Louise”, rigola-t-elle. Jasper dit qu’on devrait faire exprès de
choisir des prénoms inventés, rien que pour embêter les parieurs.
— Tu imagines ? Une
petite Perséphone et un petit Archibald ?
Nous éclatâmes de rire.
J’aimais ces moments légers avec elle. Nos vies étaient devenues solennelles,
chronométrées, surveillées… mais là, entre sœurs de cœur, nous étions
simplement deux femmes enceintes qui plaisantaient sur les pronostics du monde.
— Bon…
avoua-t-elle finalement. J’ai mis une livre sur “George”, juste pour le
plaisir.
— Tu paries sur ton
propre bébé ?
— Évidemment. Et toi ?
Je souris, caressant
distraitement mon ventre.
— Non, mais j’espère
secrètement qu’ils se trompent tous.
Je raccrochai
avec le sourire, encore amusée par les élucubrations absurdes de la presse
britannique. Mais cette joie légère fut vite rattrapée par une ombre familière
: Edward s’apprêtait à partir pour Londres, seul. Le Trooping the Colour, rassemblement
militaire visant à célébrer l'anniversaire officiel du souverain britannique,
approchait, et mon état ne me permettait pas de l’accompagner. Mon médecin
avait été catégorique : repos, encore du repos, et pas de voyage.
Il ne m’en
voulut pas. Il n’en montra rien, du moins. Mais en le regardant refermer sa
valise, je vis son regard s’attarder un instant sur mes mains croisées sur mon
ventre, et je devinai ce qu’il ne disait pas : il aurait voulu que je sois là,
à ses côtés, comme toujours.
Je
n’avais jamais été aussi soulagé de me tromper.
J’avais
d’abord cru que Bella ne m’accompagnerait pas à Londres. La tournée royale
appartenait désormais au passé, mais ses effets se faisaient encore sentir, et
nous enchaînions les engagements depuis des mois. Deux visites d’État s’étaient
déjà succédé, en Suède d’abord, puis ici même, au Royaume-Uni. Chaque fois,
Bella avait tenu son rang avec une dignité calme, même si je savais qu’elle
puisait dans ses réserves. Alors, pour le Trooping the Colour, je m’étais
presque résigné à y aller seul.
Mais
à la dernière minute, elle insista. Elle voulait être là, non seulement pour
honorer son beau-père, mais aussi pour moi. Je n’osai pas lui dire à quel point
sa décision me réconfortait. Je me contentai de lui serrer la main dans
l’Eurostar, plus fort qu’à l’ordinaire, comme si ce simple contact pouvait
suffire à lui transmettre toute ma gratitude.
À
notre arrivée à la gare de Saint-Pancras, une voiture nous attendait. Le trajet
jusqu’à Buckingham fut rapide, mais dans les rues décorées aux couleurs de
l’Union Jack, je sentais le cœur de Bella battre presque aussi vite que le
mien. Nous allions vivre, ensemble, un de ces moments suspendus où l’histoire
rejoint l’intime. À notre arrivée à Buckingham, les retrouvailles furent
chaleureuses. Ma mère me serra longuement dans ses bras, mon père me décoiffa
comme lorsqu’il me taquinait enfant, et Alice, radieuse malgré son ventre
arrondi, lança une plaisanterie sur le fait que nos bébés allaient naître à
quelques semaines d’intervalle.
Le
matin de la fête, Jasper, fidèle à lui-même, m’invita à une promenade rapide
dans St James's Park pour « prendre l’air avant d’être engoncés dans nos
uniformes ». J’acceptai.
Nous
n’avions pas fait cinquante mètres que deux journalistes nous abordèrent, le
micro tendu, les sourires trop larges pour être sincères.
— Vos
Altesses, une réaction aux paris des bookmakers ? demanda l’un d’eux.
Je crus voir Jasper
lever les yeux au ciel.
— Vous avez
déjà misé vous-mêmes ? insista un autre des reporters.
Je souris
légèrement, jouant le jeu.
— J’ai vu
les cotes, répondis-je. Pour être honnête, j’ai décidé de parier sur un
prénom qui n’est même pas encore inventé. On ne sait jamais, l’Histoire aime
les surprises.
Jasper
renchérit aussitôt, les mains dans les poches, faussement sérieux :
— Moi,
j’attends que quelqu’un parie sur “Ragnar”. Je trouve que ça manque de panache,
tout ça. Où est passée l’audace britannique ?
Les
journalistes rirent, heureux de leur trouvaille. Ils avaient leurs citations.
Nous, nous reprîmes notre chemin.
— C’est fou
comme ils notent tout, même nos âneries, lâchai-je ensuite.
— D’autant
mieux, plaisanta mon beau-frère. Ça mettra de l’animation sur leurs
sites.
— Ragnar de
Wessex, marmonnai-je. Tu veux vraiment infliger ça à ta fille ?
— Si c’est
une fille ! Mais dans ce cas, ce sera une princesse inoubliable,
dit-il en riant.
Je pensai alors
à Bella. Elle aurait aimé cette scène. et aurait ri de bon cœur, se moquant de
nos airs de gentlemen modernes, poursuivis par les rumeurs de biberons et de
berceaux.
Je sortis mon
téléphone et lui envoyai une photo volée de Jasper, prise de profil, très
sérieux, avec la légende :
> « Voici
le père de Ragnar Ier, conquérant des bavoirs. »
Elle me
répondit presque aussitôt avec un gif de lionceau rugissant. Mon cœur se serra.
Quelques heures plus tard, nous étions tous
rassemblés, prêts pour assister au Trooping the Colour sur Horse Guards Parade.
J’avais donc revêtu mon uniforme de cérémonie de la Royal Air Force, dans ce
bleu de ciel d’orage qui semblait fait pour ce genre d’apparitions : sobre,
solennel, reconnaissable entre tous. Les décorations retenaient la lumière, les
insignes pesaient sur ma poitrine avec la mémoire de ce qu’ils
représentaient.
Lorsque
nous sortîmes pour prendre place dans les carrosses, ma femme descendit les
marches avec une grâce souveraine, enveloppée dans une robe-manteau bleu nuit
qui épousait délicatement les courbes nouvelles de sa grossesse. Le tissu,
sobre mais impeccable, se pliait légèrement sous la brise, révélant un
mouvement discret, presque chorégraphié, de son ourlet. À son cou brillait un
pendentif saphir, d’une élégance discrète, accordé à ses escarpins du même bleu
profond. Son chapeau incliné, rehaussé d’un nœud asymétrique, mettait en valeur
le chignon bas qu’elle portait ce jour-là, savamment maîtrisé malgré le vent.
Je
la regardai s’avancer, le cœur serré de fierté. Chaque détail de sa tenue,
chaque geste, trahissait une dignité tranquille. Elle n’avait pas besoin de
parler pour imposer le respect. Il émanait d’elle quelque chose de magnétique,
d’à la fois doux et indomptable. Et moi, à ses côtés, je n’étais pas seulement
son époux ; j’étais le témoin privilégié de ce qu’elle devenait. Une reine,
oui. Mais surtout, Bella.
C’était
un de ces moments où le cérémonial britannique déployait toute sa splendeur.
Depuis les fenêtres du véhicule, j’apercevais déjà les foules massées le long
de The Mall. Les chevaux piaffaient dans les cours du palais, les tambours
résonnaient au loin. J’aimais cette tradition, ses couleurs, sa musique
martiale, son rythme immuable. Elle avait bercé toute mon enfance.
Elle était à
mes côtés, dans cette voiture aux vitres fumées qui remontait The Mall sous les
acclamations.
Le bruit, le
mouvement, les drapeaux qui claquaient dans l’air de juin… tout cela me
parvenait en sourdine. Mon regard, sans cesse, revenait vers elle. Elle portait
un manteau ivoire impeccablement ajusté, un chapeau incliné sur sa chevelure
relevée, et cette grâce un peu distante qu’elle adoptait en public. Mais je la
connaissais. Derrière son sourire mesuré, elle savourait chaque instant.
— Ça va ?
lui murmurai-je en me penchant à peine.
Elle hocha la
tête, une main posée sur son ventre.
— Je suis
heureuse d’être là.
Et moi donc.
Le
défilé se déroula avec une précision impeccable. Les régiments s’enchaînaient,
chacun plus impressionnant que le précédent, leurs uniformes étincelants sous
le soleil. La Household Division portait haut les couleurs de la monarchie, et
les enfants dans la foule brandissaient des petits drapeaux avec un
enthousiasme contagieux. Je regardais Bella du coin de l’œil. Elle souriait
doucement, l’air absorbée. Je savais qu’elle pensait à notre avenir, à ce que
représenterait un jour un tel cérémonial pour notre propre enfant.
Enfin
vint le moment que tous attendaient : l’apparition au balcon. Nous montâmes les
escaliers lentement — Bella se mouvait avec précaution — et rejoignîmes le
reste de la famille. Mon père se plaça au centre, imposant dans son uniforme
rouge. Ma mère, élégante comme toujours, lui prit le bras. Emmett et Rosalie se
tenaient à leur droite, leurs deux enfants devant eux, bien coiffés et
visiblement ravis d’être là. À leur gauche, Jasper et Alice qui échangeaient un
sourire tendre, prenaient place près de Bella et de moi.
Je
me penchai légèrement vers elle, feignant d’observer la foule en liesse, mais
c’était sa main que je cherchais. Elle tremblait à peine, mais je la
connaissais trop bien pour ne pas deviner la fatigue derrière son sourire.
—
Tu es sûre que ça va ? murmurai-je. Tu n’étais pas obligée de venir,
tu sais.
Elle
tourna vers moi un regard doux, lumineux malgré la tension. Sa main se posa sur
la mienne avec une tendresse tranquille.
—
Je vais bien, me dit-elle simplement. Les médecins ont
dit que je pouvais voyager… tant que je ne reste pas debout trop longtemps et
je ne voulais pas te laisser seul pour un moment pareil.
Je
baissai les yeux un instant. Elle restait debout depuis plus longtemps que
prévu, et ce n’était pas ce que les médecins recommandaient. J’aurais voulu
qu’elle pense un peu plus à elle, à leur sécurité.
—
Tu es debout depuis une éternité… soufflai-je encore, inquiet.
Elle
eut un petit sourire, calme et rassurant.
—
J’ai connu pire que dix minutes sur un balcon. Et puis, j’aime être là, avec
toi.
Je
n’ajoutai rien. Je me contentai de serrer ses doigts entre les miens,
discrètement. Elle avait décidé d’être là. Et, comme toujours, je l’admirais
pour cela.
Lorsque
les premières notes de l’hymne national retentirent et que les avions de la Royal
Air Force zébrèrent le ciel en traçant les couleurs du drapeau britannique dans
les nuages, je sentis un frisson me parcourir. La foule en contrebas nous
acclamait, innombrable et vibrante. Je regardai Bella. Ses yeux brillaient, et
sa main alla effleurer son ventre arrondi.
Je l’entendis
souffler, pendant que les avions entamaient leur passage au-dessus de nous.
— Tu crois
que l’un des pilotes a parié sur “Élisabeth” ?
Je faillis éclater
de rire.
— Ou Ragnar.
Elle tourna les
yeux vers moi, le coin des lèvres frémissant.
— S’il te
plaît, pas Ragnar. Même pour rire.
Je me penchai
discrètement pour lui baiser la main, hors du champ des caméras. Je n’aurais
échangé ce moment pour rien au monde. Nous avons
ri. Ce genre de moment, léger, venait comme un souffle de normalité dans notre
quotidien millimétré. Je jetai un coup d’œil en arrière : Bella riait avec les
femmes de ma famille. Le soleil perçait à travers les nuages de Londres et
pendant un instant, tout semblait à sa place.
[PDV Bella]
Juillet
2033
Le soleil de
juillet chauffait déjà les pavés du Parc de Bruxelles lorsque les cloches du
palais sonnèrent midi. Edward, à ma droite, me glissa discrètement la main
derrière le dos — un geste infime que seule une caméra trop curieuse aurait pu
capter. Je redressai la tête. Le tapis rouge était en place, les troupes en
grand uniforme alignées. La garde d'honneur s’immobilisa dans un claquement net
de talons.
L’Air Force One
s’était posé ce matin à Melsbroek. Mais c’était maintenant, alors que
retentissait l’hymne américain, que l’histoire s’écrivait vraiment.
Le président
américain, Pete Buttigieg, costume bleu nuit impeccable, s’avança entre deux
rangées de cuirassiers. Il s’arrêta devant moi et inclina légèrement la tête.
Derrière lui, son mari Chasten souriait avec simplicité. Ce moment était chargé
d’un symbole qu’aucun protocole ne disait à haute voix, mais que tout le monde
ressentait.
— Monsieur
le Président, soyez le bienvenu en Belgique, dis-je en anglais, avec
chaleur.
— Majesté,
c’est un honneur de vous rencontrer, et de retrouver cette ville que j’ai tant
aimée quand j’étais étudiant. Merci pour cet accueil magnifique.
Il y avait dans
son regard cette intelligence vive, directe, qui captait tout, même les
silences.
Quelques
instants plus tard, l’hymne belge s’éleva. J’entendis la voix pure de la
soliste au loin, et je vis Chasten poser discrètement sa main sur l’épaule de
son époux. Ils étaient là, simplement eux-mêmes, et cela suffisait déjà à faire
trembler un certain ordre ancien.
Le lendemain, dans le petit salon du palais, la réception officielle
terminée, Edward était parti avec Chasten visiter une exposition d’art
contemporain au Bozar. Je me retrouvai seule avec Pete Buttigieg dans
l’intimité feutrée du petit salon vert. Les dorures paraissaient moins
écrasantes ici. Il avait desserré sa cravate. Je lui tendis une tasse de thé.
— J’espère que ce n’est pas trop cliché comme image diplomatique.
Il rit doucement.
— Pas du tout. Si on m’offrait du thé dans chaque capitale, je
signerais deux fois plus de traités.
Je m’installai face à lui.
— Vous avez prononcé un très beau discours tout à l’heure. Ce que vous
avez dit sur “les démocraties qui doivent prendre soin les unes des autres”...
cela m’a touchée.
Il me regarda un instant, puis baissa légèrement la voix.
— C’est une phrase que j’ai dite pour vous, en vérité. Et pour ce que
vous représentez. Ce n’est pas rien d’être une jeune souveraine, enceinte, à la
tête d’un pays fracturé... et d’en incarner quand même l’unité.
Je sentis une émotion monter, mais je gardai le visage calme.
— Et ce n’est pas rien non plus d’être un président des États-Unis,
ouvertement gay, marié et à la tête de l’OTAN.
— Nous vivons des temps où exister comme nous sommes... c’est déjà un
acte politique.
Je hochai lentement la tête.
— Et vous savez, Monsieur le Président, même ici, il y a des "Coin
Coin*", moins visibles, mais tout aussi bruyants.
— Alors faisons du bruit autrement, dit-il dans un sourire. Par
la dignité.
Le silence qui suivit ne fut pas vide. Il était plein de respect, et d’un
espoir discret. Nous étions deux enfants d’un XXIe siècle cabossé, qui avions
grandi en pensant que nous n’y aurions pas notre place. Et pourtant. Nous y
étions.
Après quelques instants, Pete posa sa tasse et me regarda avec douceur.
— Vous savez, j’ai un souvenir particulier de Bruxelles, dit-il. C’était
il y a plusieurs années, lorsque j’étudiais à Oxford. J’avais rencontré votre
père, à une réunion informelle, où il représentait votre grand-père qui était
encore avec nous.
Je hochai la tête, attentive.
— Il était déjà aussi passionné et engagé qu’aujourd’hui. Nous avions
parlé longuement des liens entre nos villes, de la manière dont les grandes
métropoles peuvent être des moteurs de changement.
— Mon père a toujours cru que les relations humaines pouvaient
transcender les politiques, lui dis-je.
— Exactement. C’est ce qui m’a marqué chez lui. Une simplicité et une
authenticité rares. Cela m’a donné envie de connaître davantage votre pays.
Il me regarda, un peu plus sérieux.
— C’est un honneur d’être ici aujourd’hui, à vos côtés, Majesté.
Je sentis mon cœur se serrer. Ce lien, discret mais réel, entre le
président et mon père, rendait cette visite encore plus précieuse.
Soirée du même
jour – Dîner d’État au Palais royal
Le grand
escalier du Palais royal scintillait sous la lumière des lustres. Les huissiers
annonçaient les invités avec une régularité militaire. Les robes longues
bruissaient contre les sols de marbre, les décorations brillaient sur les
vestes sombres. Je portais une robe ivoire brodée d’or, qui dissimulait à peine
mes formes de future mère. Edward, impeccable dans son uniforme de gala, me
tenait le bras.
Le dîner d’État
réunissait plus de deux cents convives triés sur le volet. Hauts responsables
politiques, diplomates, chefs d’entreprises, quelques artistes triés sur le
volet… Tous avaient les yeux tournés vers le couple présidentiel américain.
Pete Buttigieg
était assis à ma droite, Chasten en vis-à-vis, à la gauche d’Edward. Le
protocole était millimétré. Mais les sourires, eux, dépassaient le cadre prévu.
Le menu,
raffiné et résolument belge, ravit les palais : filet de sole à la gueuze,
canard aux cerises de Schaerbeek, plateau de fromages d’Orval. Mais ce que les
invités retiendraient, ce seraient les apartés.
— Mon mari
m’a dit que vous étiez impressionnante, murmura Chasten, en me servant un
peu d’eau minérale. Je crois qu’il était sincèrement ému de votre échange.
Je souris.
— Je l’étais
aussi. Je pense que nous avons tous deux grandi en nous demandant si nos pays
nous permettraient d’exister comme nous sommes.
— Et ce
soir, vous êtes là. Il est là. Et le monde regarde.
Il ne disait
pas cela avec orgueil, mais avec gravité.
Plus tard,
lorsque Pete se leva pour porter un toast, la salle s’immobilisa.
— À Sa
Majesté la Reine Isabella. Une souveraine de son temps, dont la voix — claire,
ferme, humaine — inspire bien au-delà de ses frontières.
Je sentis
Edward glisser sa main sous la table, effleurant la mienne. Je ne baissai pas
les yeux. Je levai mon verre.
— À l’amitié
entre nos peuples. Et à tous ceux qui bâtissent des ponts, là où d’autres
rêvent de murs.
Ce fut l’un des
rares toasts à recevoir une ovation dans un dîner d’État.
Au
matin suivant, dans leur salon privé du château de Laeken
La pluie
tambourinait doucement contre les vitres. Edward s’était réendormit, à moitié
étendu sur le divan. Je profitai de ce moment rare de silence pour ouvrir la
revue de presse que ma secrétaire particulière avait laissée sur la table
basse.
“Une
alliance symbolique : Isabella et M. Buttigieg, deux visages d’un Occident qui
se cherche.” — Le Soir
“Un dîner
d’État hors du commun. Émotion palpable, discours audacieux, gestes pleins de
sens.” — De Morgen
“Main
tendue entre Bruxelles et Washington : au-delà du protocole, une complicité
sincère.” — Le Monde
Mais c’était
cet éditorial qui me toucha le plus :
“Elle
incarne la jeunesse, il incarne le progrès. Elle est enceinte, il est marié à
un homme. Et pourtant, jamais l’OTAN n’a semblé aussi solide. Parfois, les
symboles protègent mieux qu’un escadron.”
Je reposai le
journal. Je regardai Edward, qui ouvrait doucement les yeux.
— Tu as bien
dormi ?
— Un peu,
murmura-t-il. Toi ?
— Je viens
de lire la presse.
— Et ?
Je souris.
— Pour une
fois, je crois qu’ils ont tout compris.
Les jours qui
suivirent la visite d’État s’écoulèrent rapidement, portés par une
effervescence inhabituelle à Bruxelles. La ville se parait de drapeaux
tricolores, les places s’animaient de musiques militaires et de discours
officiels. Le jour de la fête nationale arriva enfin.
Je me tenais dans
la tribune royale, vêtue d’une robe d’un ton crème pâle légèrement satinée, avec
par-dessus un manteau long assorti et un chapeau de la même couleur, orné de
voilette et de plumes, il rappelait les codes classiques des grandes occasions,
sans jamais tomber dans l’excès. Tandis qu’Edward, à mes côtés,
affichait son habituel sourire rassurant. Devant nous, sur la place des Palais,
les soldats défilaient avec discipline, et la foule, nombreuse malgré le temps
incertain, acclamaient avec ferveur.
Le protocole
imposa son rythme, entre le Te Deum, le défilé militaire et le spectacle donné
en soirée. Mais au fond de moi, je savais que c’était bien plus qu’une
cérémonie : c’était un nouveau chapitre pour notre pays, et pour moi en tant
que reine.
Septembre 2033
La
chaleur de l’été s’était enfin apaisée quand septembre est arrivé, mais mon
ventre bien arrondi me rappelait chaque jour que le moment tant attendu
approchait. Avec Édouard, nous étions à Bruxelles, dans le calme relatif du
palais, loin de l’agitation des visites officielles. La fatigue me gagnait,
mais une joie immense emplissait mon cœur.
Heureusement,
Michael, mon frère, avait pris la relève pour assurer les visites et les
engagements officiels les semaines précédant mon accouchement. Cela m’a permis
de vraiment me reposer, de me recentrer sur moi-même et sur la petite vie qui
grandissait en moi.
Les
derniers préparatifs pour l’arrivée de notre enfant se déroulaient doucement,
et je sentais ses petits mouvements qui me rassuraient et me donnaient une
force nouvelle.
Je
savais que ce jour finirait par arriver, et pourtant, il me prit par surprise.
Comme tout le reste. Comme cette nuit de Noël, quand tout commença sans qu’on
le sût vraiment. Je revis encore les guirlandes scintiller sur les hauts
plafonds du palais, les rires étouffés, les regards échangés entre deux bûches
dans la cheminée. Nous rentrâmes tard dans nos appartements, Edward et moi,
encore enveloppés de cette chaleur étrange que donnait l’idée d’une première
fête partagée, rien qu’à nous. Et puis, neuf mois plus tard, presque jour pour
jour, me voilà ici, à la maternité de l’hôpital Érasme. Allongée, haletante, les
douleurs m’assaillaient par vagues, de plus en plus rapprochées. Mon corps
savait quoi faire, paraît-il. Je n’en étais pas aussi certaine.
Edward
tenait ma main. Il ne disait rien, mais je sentis ses doigts trembler
légèrement contre les miens. Il essayait de paraître fort, pour moi, pour nous.
Il était toujours comme ça. Droit. Présent. Aimant. Et moi, malgré la peur, je
me sentais… prête. Enfin presque.
—
Ça va aller, Bella, murmura-t-il, la voix rauque mais douce.
J’essayai
de m’y accrocher, entre deux contractions.
Dehors,
on disait que le peuple attendait. Que tout le monde savait que c’était pour
aujourd’hui. Mais ici, dans cette chambre, il n’y avait que lui, moi, et ce
petit être que nous allions rencontrer, fruit d’un Noël magique, d’un amour
encore fragile, mais profondément ancré.
Je
ne savais plus depuis combien de temps j’étais là. Une heure ? Trois ? Une
éternité, peut-être. Le temps avait perdu toute consistance. Seules les
contractions scandaient le rythme. Chaque vague de douleur me clouait au lit,
me vidait, m’arrachait à moi-même.
Autour
de moi, les voix étaient calmes, contenues. On murmurait, on préparait, on
m’encourageait doucement. La sage-femme me parla avec douceur mais fermeté,
m’invita à respirer, à pousser. Je m’exécutai, les yeux fermés, concentrée sur
une seule chose : franchir ce cap, atteindre cette vie.
Edward
ne m’avait pas quittée une seconde. Il était là, assis près de moi, me tenant
la main comme si c’était elle qui allait me ramener à la surface. Il
transpirait presque autant que moi. À un moment, je crus qu’il allait tourner
de l’œil, mais il se ressaisit. Il ne lâcha pas.
Je
poussai encore. Je criai cette fois. Le palais aurait pu s’écrouler, je ne
l’aurais même pas remarqué.
Et
soudain… Un cri, un tout petit cri, haut perché, fragile, vivant.
Je
rouvris les yeux. On me la posa sur la poitrine. Une petite fille. Humide,
chaude, minuscule. Elle hurlait comme si le monde entier devait l’entendre. Et
moi… moi je fondis.
Je
n’arrivais pas à parler. Je n’arrivais même pas à pleurer. J’ouvris la bouche
mais rien ne sortit. Mes bras se refermèrent sur elle. Mon cœur, lui,
débordait, débordait d’amour pour ce petit être.
Edward
s’approcha, penché sur nous, le regard flou. Il demeura un instant immobile,
puis il posa une main tremblante sur la tête de notre fille. Quand je levai les
yeux vers lui, je vis les larmes sur ses joues. Il ne chercha même pas à les
essuyer.
—
Elle est… parfaite, souffla-t-il.
Je
hochais la tête, incapable de dire autre chose que oui. Oui, elle l’était. Oui,
elle était à nous. Oui, je l’aimais déjà au point d’en avoir mal.
Elle
s’apaisa peu à peu, blottie contre moi. Je sentis son cœur minuscule battre
sous ma paume. Et tout en moi se relâcha. J’étais épuisée, vidée, brisée
peut-être. Mais je n’avais jamais été aussi pleine de vie.
***LATRP***
Je
ne me souvenais pas avoir été aussi terrifié de toute ma vie. Je tenais la main
de Bella, mais j'avais l’impression de m’y accrocher comme un naufragé à une
bouée. Elle souffrait, et je ne pouvais rien faire. Rien, sinon murmurer son
prénom, lui caresser la joue, et prier intérieurement pour que tout se passe
bien.
Chaque
minute me parut une éternité. Je la vis traverser la douleur avec une force
inouïe. Elle cria, haleta, mais resta droite, digne, magnifique. Je ne cessais
de me répéter :
« Elle est en train de donner la
vie, à notre enfant, notre fille. »
Et
puis je l'entendis, ce cri aigu, fragile, mais si vivant. Je reçus le souffle
coupé. Ma gorge se noua, mes yeux se remplirent. Quand on déposa ce petit être
contre le cœur de Bella, je restai figé. C’était elle. C’était notre fille.
Je
posai une main sur sa tête, si minuscule, si douce. J’eus l’impression que le
monde s’effaçait autour de moi. Il n’y avait plus que nous trois. Bella, notre
fille, et moi. Et je sus, à cet instant précis, que plus rien ne serait jamais
comme avant.
Je ne dormis pas. Je ne
voulais pas dormir. J’étais encore trop bouleversé, trop ému. Et puis, il y
avait cette mission à accomplir : annoncer au monde la naissance de notre
fille. Je me préparai seul, puis traversai les couloirs de l’hôpital jusqu’à la
salle prévue. Je savais que tout le pays attendait des nouvelles.
Quand je pris la parole, ma
voix me sembla étrangère. Mais je parlai du fond du cœur.
« Mesdames et
Messieurs, annonçai-je. J’ai l’immense bonheur de vous faire part de la
naissance de notre fille. Elle est née ce matin. Nous avons choisi de l’appeler
Carlie.
Je marquai une pause.
L’émotion me submergeait encore. Mais je continuai.
« Elle se porte bien, et
la Reine aussi. Je les ai quittées il y a peu, toutes deux paisibles et en
pleine forme.
Je pris une inspiration. Je
voulais dire l’essentiel, sans trop en dévoiler. Et pourtant, j’avais tant à
dire.
« Ce que j’ai
ressenti en la voyant… c’est impossible à exprimer avec justesse. J’étais là et
pourtant je me sentais ailleurs, comme suspendu entre deux mondes. Celui que je
connaissais, et celui qui venait de commencer. Isabella a été incroyable. Elle
m’a impressionné. Elle m’a bouleversé.
Je terminai simplement :
« Je suis comblé, ému.
fier et infiniment heureux d’être père. Merci pour votre attention et pour vos
messages que nous recevons avec reconnaissance. »
Je les saluai d’un signe de
tête, puis quittai la salle. Mon cœur battait encore plus fort que lorsqu’elle
était née. Car cette fois, c’était moi qui devais porter les mots de notre
bonheur au monde.
[PDV Bella]
Le jour suivant, on nous proposa de sortir quelques instants pour
présenter Carlie aux médias. J’étais encore épuisée, courbaturée, mais une
étrange énergie m’habitait. Peut-être était-ce l’amour, ou cette fierté neuve
que je découvrais en même temps que la maternité, ou peut-être les deux.
Edward m’aida à m’installer sur le fauteuil roulant qui devait me faire
traverser l’hôpital. J’étais encore un peu lente, mais je franchis la sortie
debout. Dans mes bras, Carlie dormait paisiblement, emmitouflée dans une
couverture blanche brodée d’or. Elle était si minuscule que j’avais
l’impression de tenir une étoile entre mes mains.
Je portais une robe bleu clair à pois blancs, simple et fraîche, qui
soulignait avec douceur ma silhouette encore marquée par l’épreuve. Mes
cheveux, coiffés avec soin par la coiffeuse du palais pour cette apparition
publique, retombaient en boucles souples sur mes épaules. On m’avait aussi
maquillée avec délicatesse, juste ce qu’il fallait pour atténuer les marques de
fatigue sans masquer l’émotion qui transparaissait sur mon visage.
Quand les portes de l’hôpital s’ouvrirent et que la lumière du jour me
frappa au visage, j’entendis la clameur. Une foule compacte se tenait
rassemblée derrière les barrières, sous le contrôle discret de la sécurité. Des
drapeaux belges agitaient leurs couleurs dans l’air de septembre, des cris de
joie montaient. Et au loin, j’aperçus des pancartes :
Welkom Carlie, Félicitations Isabella
et Edward, Vive la princesse !
Je regardai Edward. Il avait les yeux brillants. Il me sourit comme s’il
n’y avait que nous. Puis il posa doucement sa main dans mon dos, un geste
simple, mais d’une tendresse infinie.
Nous avançâmes ensemble, lentement, sous les flashs, les caméras, les
applaudissements. Je ne parlai pas. Je n’en avais pas besoin. Je tenais Carlie
dans mes bras, et c’était tout ce que le monde attendait.
Je me tournai légèrement pour qu’on pût mieux voir son visage. Elle ouvrit
un œil, grogna doucement, puis se rendormit comme si l’univers entier n’était
qu’un léger courant d’air. Ce fut un moment suspendu, fragile, mais d’une
beauté bouleversante.
Puis nous rentrâmes. Les infirmières nous attendaient avec des sourires
attendris, et à peine la porte refermée, Carlie se mit à pleurer à pleins
poumons. Je me mis à rire.
— Timing parfait,
murmurai-je.
Edward caressait
doucement le petit bonnet de Carlie, qui s’était réendormie dans mes bras.
— Dis-moi,
on va tirer des coups de canon pour elle, ici ? demanda-t-il à voix basse. Comme
à Londres, pour les naissances royales, où ils en tirent cent trois.
Je souris.
— Non, pas
en Belgique. On ne tire pas de coups de canon pour une naissance.
— Ah bon ?
s’étonna mon mari.
— Non, on en
tire seulement lors de la prestation de serment d’un nouveau roi, cent un
coups, pour être exacte.
Il me regarda,
intrigué.
— Je ne me
souviens pas qu’ils l’aient fait pour toi ?
— Non, en
effet, j’avais demandé à Charlie que ça ne se fasse pas.
Son regard
s’élargit.
— Tu as
demandé à supprimer les coups de canon ?
— Oui. Pour
éviter le bruit, la pollution, l’impact sur la faune. Les oiseaux des parcs,
les chiens du quartier royal, les enfants dans les hôpitaux alentour...
Personne n’a besoin de cent explosions en pleine ville pour comprendre que les
choses changent.
Il resta un
moment silencieux, puis glissa dans un souffle :
— Voilà
pourquoi je t’aime, dit-il avant de m’embrasser le front.
Je tournai les
yeux vers lui.
— J’espère
bien que tu m’aimes mais pourquoi me dire ça maintenant ?
— Parce que
moi, je n’y aurais même pas pensé. À Londres, c’est systématique. C’est dans le
protocole, on ne remet rien en question. Mais... peut-être qu’on devrait.
Peut-être que mon père devrait.
Je baissai les
yeux sur Carlie, blottie contre moi.
— Je veux
qu’elle grandisse dans un monde un peu plus doux, un peu plus conscient.
Edward hocha
lentement la tête.
— Et tu es
déjà en train de le changer, ce monde.
Deux jours plus tard, le
moment était venu de quitter la maternité. Tout avait été soigneusement
organisé, bien sûr. Le véhicule officiel, discret mais élégant, nous attendait
à l’arrière du bâtiment. J’étais en robe droite rouge vif, à manches
trois-quarts, qui m’arrivait juste au-dessus des genoux. Son col Claudine blanc
en dentelle ajoutait une touche rétro et délicate que j’aimais beaucoup. Sobre
mais raffinée, cette tenue mettait en valeur ma silhouette post-partum avec une
simplicité gracieuse, parfaite pour une apparition publique.
Edward tenait la nacelle où
dormait Carlie, d’un air aussi concentré que s’il portait la couronne
elle-même.
Je jetai un dernier regard à
la clinique qui nous avait accueillis. Et puis, main dans la main, nous avons
franchi les portes. Il faisait doux. L’air sentait la fin de l’été.
Le trajet vers Laeken fut
silencieux, presque solennel. Je regardais le paysage défiler, une main posée
sur la petite couverture blanche. Edward me jetait parfois un coup d’œil, comme
pour vérifier que j’étais toujours là, toujours en vie, toujours à lui. Je lui
rendais son regard, fatiguée, mais sereine. Quand le portail du château se
referma derrière nous, je compris que nous rentrions chez nous, à trois.
Dans les semaines qui suivirent, Mike resta à la tête
de la plupart des engagements publics, me laissant le temps de récupérer
pleinement et de profiter de ces précieux moments en famille.
Deux semaines après notre retour de la maternité,
nous reçûmes un appel d’Alice. Elle était sur le point d’accoucher à Londres.
Edward et moi prîmes le premier vol pour la capitale anglaise, même si cela
nous brisait un peu le cœur.
Carlie était encore si petite… Deux semaines à peine.
Elle n’avait pas encore reçu ses premiers vaccins, et voyager n’était pas
envisageable pour elle. Nous dûmes donc la laisser à Bruxelles, entourée de
toute l’équipe médicale et de confiance du palais, mais cela resta terriblement
difficile. C’était la première fois que je me séparai d’elle, et son absence me
pesa dès l’instant où nous franchîmes le pas de la porte.
Arrivés à Londres, nous retrouvâmes Alice et Jasper,
rayonnants malgré la fatigue. Leur petit garçon naquit en pleine santé, un
magnifique bébé qu’ils décidèrent de nommer Edward, en hommage à mon mari, qui
en serait le parrain. L’émotion me saisit d’un coup. Je venais à peine de
donner la vie, et je vis maintenant ma belle-sœur et amie la plus proche
devenir mère à son tour. Nous rîmes, pleurâmes, partageâmes des souvenirs de
nos grossesses jumelées, comparâmes nos ventres toujours un peu arrondis — même
si, il fallait bien l’avouer, nos corps en avaient pris un coup !
Je pénétrai doucement dans la chambre où Alice,
fatiguée mais rayonnante, tenait son petit garçon dans les bras.
— Félicitations, Alice. Il est magnifique, lui
dis-je avec un sourire.
Elle me rendit mon sourire, pleine de tendresse.
— Merci, Bella, c’est un moment incroyable.
Je me mordis la lèvre, hésitant avant de poser la
question qui me taraudait.
— Y a-t-il eu des coups de canon pour ton bébé ?
Alice haussa les épaules.
— Non, pas cette fois.
Un soulagement m’envahit.
— Carlisle à demander à réduire ces salves pour
les naissances. Désormais, seuls les héritiers directs auront droit à cette
tradition.
Elle fronça les sourcils, intriguée.
— Héritiers directs ?
Je caressai doucement la joue du petit.
— Le premier enfant de Peter, le fils d’Emmett,
sera le prochain à recevoir les coups de canon et son premier-né après lui et
ainsi de suite. Il a aussi décidé de réduire la salve à 51 coups au total, au
lieu des 103 habituels, expliqua ma belle-sœur. C’est un nouveau départ,
une manière de moderniser tout en respectant l’environnement.
J’acquiesçai-je, pensive.
— C’est un bel équilibre, dis-je alors. J’aime
qu’il ait pensé à ça.
Je lui souris tendrement.
— C’est pour eux, pour leur futur, pour notre
monde à tous, ajouta mon amie.
Nos enfants, nés à quelques semaines d’intervalle,
symbolisaient pour nous tous un nouveau chapitre, plein d’espoir et de
promesses. Mais très vite, l’appel de Carlie se fit trop fort. Je ne pensais
qu’à son odeur, à sa petite bouche contre ma peau, à ses yeux qui semblaient
déjà tout comprendre. Edward ressentait la même chose. Deux jours seulement
après notre arrivée à Londres, nous décidâmes de repartir. Alice comprenait
parfaitement. Elle savait, elle aussi, ce que signifiait ce lien nouveau,
viscéral, entre une mère et son bébé.
Nous quittâmes Londres le cœur rempli de joie pour les
jeunes parents, mais aussi avec l’impatience de retrouver notre fille. De
retour à Bruxelles, je fonçai dans la nurserie sans même enlever mon manteau,
et quand je repris enfin Carlie dans mes bras, je compris que plus rien ne
serait jamais plus fort que ce lien-là.
***LATRP***
N/A :
*Coin Coin : référence
au président américain actuel, dû à son prénom, celui d’un canard célèbre.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire