dimanche 25 mai 2025

Chapitre 28 : Derniers jours d'une princesse

 


Fin février  2032

Ce fut entre deux rendez-vous, un matin pluvieux, que mon père me rattrapa au vol dans le couloir du Palais. Il referma la porte de son bureau derrière moi, d’un geste discret, presque complice.

Tu as une minute ? me demande-t-il en consultant distraitement une pile de dossiers.

J’hésitai, puis j’entrai. Il fit signe vers le fauteuil en face du sien. Je m’assis droite, les mains sur les genoux, comme si j’étais encore une enfant convoquée pour une bêtise.

Comment tu te sens ? me demanda-t-il. Vraiment, Bella.

Je pris une inspiration et cherchai une réponse acceptable.

Fatiguée, mais ça va, tentai-je de le rassurer. Je gère.

Il leva un sourcil, pas dupe.

— Il paraît que tu gères tellement bien que même ton mari ne te voit plus.

Je me fige. Je n’aime pas quand il parlait d’Edward. Il y avait toujours un fond d’ironie bienveillante, mais cette fois… c’était plus grave.

— C’est temporaire, répondis-je. Il comprend. Je suis juste concentrée, c’est tout.

Il ne dit rien. Et ce silence-là, je le connaissais. Il attendait que je parle pour de vrai.

Je baissai les yeux. Ma voix fut plus faible que prévu.

À Londres… pendant l’anniversaire d’Alice… j’ai douté, lui avouai-je finalement. Ça m’a pris sans prévenir. Une sorte de vide, comme si tout ce que je m’efforce de construire pouvait s’écrouler d’un coup. Et depuis, j’essaie juste de tenir debout.

À nouveau il ne dit rien, puis se mit debout, fit quelques pas dans la pièce. Quand il se tourna vers moi, son regard était doux et inquiet aussi.

Tu sais… J’ai ressenti exactement ça, moi aussi, me confessa le roi. Avant de monter sur le trône. Et après, parfois.

Il revint s’asseoir.

Ce doute, il ne te rend pas faible. Il te rend humaine. Et c’est ce qui fera de toi une bonne reine, Bella.

Je hochai la tête, les yeux brillants, mais je n’arrivais pas à répondre. Pas tout de suite. J’étais trop soulagée qu’il ait compris ce que moi-même, je n’arrivais pas à nommer.

Deux semaines s’étaient écoulées depuis notre retour de Londres. Deux semaines à faire semblant que tout allait bien. Deux semaines à tenir mon rôle, à sourie, à parler fort pour couvrir le bruit intérieur. Je compris qu’Edward savait que je fuyais quelque chose. Il ne disait rien, il attendait, comme toujours.

Ce fut Charlie qui brisa l’équilibre fragile.

Il m’attendit à la fin d’un conseil économique, l’air sérieux mais détendu, comme s’il préparait un coup.

Le Premier ministre a validé, m’annonça-t-il. Tu partiras pour Kinshasa la semaine prochaine.

Je fronce les sourcils.

Le Congo ? m’étonnai-je.

Une mission économique. Tu rencontreras des entrepreneurs, tu visiteras des projets soutenus par la Belgique. C’est important. Symbolique aussi.

J’acquiesce, déjà en train de calculer les jours, les vols, les discours à préparer. Mais il ajoute, presque en passant :

Et cette fois, j’aimerais que tu emmènes Edward.

Je le regarde, interdite.

Pourquoi ?

Il hausse les épaules, faussement léger.

Vous êtes mariés, non ? Ce serait bien que vous passiez un peu de temps ensemble. Et que tu arrêtes de le tenir à distance comme s’il allait te voler tes secrets.

Je détourne les yeux. Il a touché juste, évidemment.

Il pourrait être utile, tu sais, reprit-il. Il parle bien, il écoute encore mieux, et il n’a pas l’air menaçant. Ce genre de profil plaît beaucoup, surtout dans les contextes sensibles.

Je soupire, secouée mais pas contre l’idée. Au fond, peut-être que je suis fatiguée de courir dans l’autre sens.

Très bien, je dirai à Lauren de l’inclure dans le programme.

Merci, dit-il simplement.

Et en me levant, je devinai qu’il savait que ce voyage ne serait pas seulement diplomatique.

***LATRP***

Alors qu’en Belgique, l’hiver touchait à sa fin, ici, c’était tout l’inverse. Le Congo, ou du moins Kinshasa, vivait les derniers jours de son été. Mais la vérité, c’était qu’on sentait à peine la différence. À quelques degrés de l’équateur, la chaleur était constante, moite, presque étouffante. Elle ne se faisait pas oublier. Elle collait à la peau, s’infiltrait dans les vêtements, obligeait à ralentir le pas, rien à voir avec la grisaille de Bruxelles.

La chaleur humide de Kinshasa nous frappa dès l’ouverture de la porte de l’avion. Elle fut dense, presque vivante. Le tarmac était inondé de soleil et de sourires. Une délégation nous attendait, drapeaux en main, robes éclatantes, regards curieux.

Le président congolais nous accueillit avec sa femme, chaleureusement et sans excès. Derrière eux, une petite foule s’était formée : des représentants de la communauté belge, des entrepreneurs, quelques enfants en uniforme scolaire, tenant des bouquets bien trop grands pour eux.

Edward garda cette expression calme et respectueuse qu’il savait si bien adopter. Moi, je souris autant avec les yeux qu’avec la bouche. Je sentais que ce voyage comptait plus qu’il n’en avait l’air.

Le cortège nous mena au palais présidentiel, imposant et coloré. Le président me parle de coopération, de mémoire, d’avenir. Il avait l’art de ne pas peser ses mots, mais de les rendre doux. Sa femme m’attrapa doucement la main, comme si elle voulait me rassurer sans me connaître.

Dans l’après-midi, nous visitâmes un hôpital de la capitale. Les couloirs étaient étroits, les ventilateurs fatiguaient au plafond. Pourtant, l’endroit respirait l’attention. Les infirmières souriaient derrière leurs masques, les patients nous saluèrent avec cette retenue digne qui me bouleversait toujours.

Je me sentais maladroite, à la fois honorée et inutile. Mais Edward trouva les mots. Il parla avec un père au chevet de sa fille, il écouta une sage-femme lui expliquer le manque de matériel. Il était là, présent, et ça suffisait.

Le lendemain, nous quittâmes la ville pour rejoindre un village un peu éloigné de la capitale. Les routes étaient cabossées, les paysages défilaient en vert et poussière. À notre arrivée, des chants éclatèrent, des danses improvisées surgirent sous les manguiers. Des femmes m’entourèrent, me serrèrent les mains, me parlèrent en swahili que l’on me traduit doucement. Elles parlaient d’eau, d’école, de ce qu’elles rêvaient pour leurs enfants.

Plus tard, je m’assis dans une salle de classe, simple et joyeuse, entourée d’enfants curieux. Ils riaient, me posèrent des questions sur la Belgique, sur les avions, sur mon "grand collier" qui brillait. Je leur parlai de chez moi, d’où je venais, de ce que je ne savais pas à leur âge.

Puis Edward nous rejoignit, s’agenouilla à leur hauteur. Il leur montra une carte, leur parla de Londres, de sa famille, de ce que c’est de vivre dans un endroit où il neige. Les enfants riaient aux éclats. Ils l’adoraient déjà.

Et pour la première fois depuis des semaines, je le regardai vraiment. Et je me demandai pourquoi j’avais eu si peur de lui montrer mes failles, alors qu’il s’était toujours efforcé de réparer les siennes. 

***LATRP***

La mission économique achevée, nous prolongeâmes notre séjour, quelques jours, rien que tous les deux. Mon père trouva l’idée excellente — diplomatiquement, symboliquement… et humainement.

Notre première étape fut la vallée de la Lucaya, au sud de Kinshasa. Un écrin de verdure où se trouvait "Lola ya Bonobo", le "paradis des bonobos". Un sanctuaire qui recueillait les bébés arrachés au braconnage, les soignait, les éduquait, puis les préparait à un retour progressif dans la nature, loin des hommes, mais dans une réserve naturelle protégée.

On nous guida parmi les sentiers ombragés. Les petits bonobos s’accrochaient aux branches, jouaient, se chamaillaient. D’autres dormaient pelotonnés dans des couvertures, encore trop faibles pour grimper. Une soigneuse congolaise me raconta, les yeux brillants, l’histoire de l’un d’eux, retrouvé seul dans une cage, à peine nourri. Il avait survécu et repartirait bientôt.

Je les observai, le cœur serré par cette tendresse féroce qu’on développe face à l’innocence blessée. Mon mari marcha en silence à mes côtés. Il me laissa le temps. Il attendait.

Le lendemain de notre arrivée au sanctuaire, la forêt tropicale baignait dans une lumière douce et humide. Les feuillages bruissaient sous la brise et l’air était empli du chant des oiseaux.

On me proposa de prendre un petit orphelin dans mes bras, si fragile et pourtant si vivant. Tandis qu’il s’accrochait à moi avec confiance, je lui donnai le biberon avec une tendresse que je ne soupçonnais pas en moi.

Edward se tenait juste à mes côtés. Il souriait en silence, observant la scène avec cette douceur tranquille qui le caractérisait.

Nous portions des tenues de soigneurs — chemises beiges, pantalons assortis, et nos chapeaux kaki légèrement inclinés sur nos fronts.

Les 3 jours passés au refuge nous rappelaient pourquoi nous étions venus pour observer ces créatures extraordinaires.

À ma droite, Amina, une soigneuse passionnée, riait doucement. Dans ses bras, un autre petit bonobo la regardait avec des yeux pleins d’espoir. Elle semblait former un tout avec l’animal, comme si leur complicité avait toujours existé.

Je ressentais une paix profonde, un bonheur simple et sincère. Ce jour-là, je compris que je voulais être une mère, donner tout l’amour que j’avais en moi à un petit être qui serait une partie de l’homme que j’aimais et la mienne.

***LATRP***

Mais ce n’est qu’à Virunga, au nord-est, que les mots finirent par sortir.

La randonnée pour observer les gorilles nous éreinta, mais la récompense fut à couper le souffle : un groupe de géants paisibles, aux gestes lents, aux regards lourds d’âme. Nous restâmes figés et silencieux pendant de longues minutes.

Quand nous redescendîmes, le soleil commença à décliner, filtrant entre les arbres.

Je sentais son regard sur moi depuis un moment. Alors je m’arrêtai sur le sentier, là, au milieu de nulle part, et je me tournai vers lui.

Tu savais, toi, que les gorilles doutent aussi ? murmurai-je.

Il fronça les sourcils, intrigué.

— Ils doutent ?

Ils hésitent avant d’agir, avant de faire un pas. Le guide l’a dit tout à l’heure. Ce ne sont pas des bêtes brutales. Contrairement à ce qu’on pense d’eux, ils réfléchissent et observent.

Il me regarda, attentif. Je baissai les yeux.

J’ai eu peur, lui révélai-je enfin. À l’anniversaire d’Alice, j’ai douté de moi, de nous, de ce que je vais devenir et de ce que ça va me coûter. Et je t’ai tenu à distance parce que je ne voulais pas que tu voies ça, que tu voies que j’étais faible.

Il s’approcha. Posa doucement sa main contre la mienne.

Tu n’es pas faible. Tu es lucide et tu n’es pas seule. Je ne partirai pas.

Je relevai les yeux. Il sourit avec cette lumière calme dans le regard que j’avais tant cherchée ces dernières semaines.

Merci d’avoir attendu, murmurai-je.

— Je ne fais que ça, Bella. Attendre que tu me laisses t’aimer pour de vrai.

Et là, au milieu de la forêt, entre les ombres et les cris d’oiseaux lointains, je sentis quelque chose se relâcher. Comme un nœud qui se défaisait.

***LATRP***

Le mois de mars marqua le retour des matchs internationaux de football. La fédération belge nous invita mon père et moi à venir soutenir les Diables rouges*1 pour leur premier match de préparation à l’Euro contre l’Angleterre. Le stade Roi Baudouin était plein à craquer, rouge et noir partout dans les tribunes, des chants, des drapeaux, de l’excitation comme on n’en voit qu’ici.

Le roi avait l’air dans son élément, saluant les joueurs et les officiels d’un air bienveillant. Moi, je souris pour les caméras, mais au fond… j’adorais ça. Les chants, l’énergie, la tension du match. Et quand la Belgique marqua en seconde mi-temps, le stade explosa.

1- 0 : Match gagné.

Je sautai de mon siège et applaudis comme une enfant. Charlie me jeta un regard mi-amusé, mi-fataliste. "On ne se refait pas", dit-il en souriant.

Deux semaines plus tard, c’est le match retour, à Wembley.

Je suis à Londres avec Edward. Il insista pour m’accompagner, bien sûr, afin de supporter l’équipe de son ancienne patrie. Arrivés là-bas, nous fûmes rejoints par Emmett et Jasper ,tous les deux habillés sobrement, mais l’œil brillant d’anticipation. Le stade était gigantesque et solennel. L’hymne belge résonna, et je le chantai, fière et droite avec mon écharpe aux couleurs nationales autour du cou, tandis que les 3 hommes qui m’accompagnaient n’avaient pas hésité à emmener la leur, aux couleurs anglaises.

Dès la première mi-temps, la Belgique marqua. Et là, je me penchai vers Jasper :

Pas mal pour une petite monarchie de 12 millions d’habitants, non ?

Il rit, leva les yeux au ciel, mais je vis bien qu’il serrait un peu les dents et son écharpe aussi.

Mais voilà, les Three Lions*2 étaient coriaces. Un premier but anglais égalisa juste avant la pause. Puis, en seconde mi-temps, un autre — superbe, je devais l’admettre. Je restai figée. Wembley explosa. Jasper et Emmett, évidemment, exultèrent. Edward, plus diplomate, garda le silence mais il n’en pensait pas moins que ses frères.

Je croisai les bras, vexée, la mâchoire serrée.

Tu sais, me dit Édouard en souriant, je trouve que tu prends la défaite très… royale.

Je préfère le silence à l’humiliation, répliquai-je.

Il rit doucement.

Tu fais la fière, mais je t’ai vue vibrer au premier but. C’était beau.

Je soupirai. Oui, c’était beau. Et peut-être qu’il fallait apprendre à perdre aussi, parfois.

Même contre l’Angleterre.

***LATRP***

Depuis notre mariage, Edward avait officiellement perdu son prédicat d’altesse royale au Royaume-Uni, comme le voulait la tradition britannique lorsqu’un prince épouse une souveraine étrangère. Il avait aussi renoncé à son titre de duc de Sussex.

Mais en épousant l’héritière du trône belge, il avait reçu un autre titre : duc de Brabant, celui que moi-même je portais depuis vingt ans, depuis l’accession au trône de Charlie. Un symbole fort, transmis par amour et devoir.

À mesure que mon accession approchait, la question de son statut se posait avec plus d’insistance. Il ne s’agissait plus seulement de protocole : il s’agissait de reconnaître, officiellement, ce qu’il représentait déjà pour moi, pour le pays, pour l’institution.

Alors le roi trancha avec élégance et intelligence : Edward fut titularisé Prince de Belgique par décret royal. Un titre honorifique, mais essentiel, qui scellait définitivement son appartenance à notre monarchie. Il restait prince du Royaume-Uni, mais désormais, il était une altesse royale de Belgique.

Mais ce n’était pas suffisant. Il ne serait pas un simple prince consort, comme le fut son grand-père, le prince Edward Masen, époux de feu Elizabeth, dans l’ombre feutrée d’une reine discrète.

Mon père et moi en avions longuement parlé. Je savais ce que je voulais. Ce que je devais affirmer. Je serais la souveraine, oui, mais je ne voulais pas d’un mari effacé, réduit à un rôle symbolique. Il allait être à mes côtés au quotidien. Me seconder dans les missions officielles, représenter la Belgique à mes côtés, et parfois même à ma place. Il méritait un titre à la hauteur de cet engagement.

Alors, ensemble, nous avions décidé que mon époux serait roi consort de Belgique.

Un titre rare, mais pleinement assumé. Roi, parce qu’il partagerait ma vie, mon destin, mon combat. Consort, parce que le pouvoir resterait entre mes mains. Je serais la cheffe de l’État, la voix officielle de la Couronne. Mais il serait mon pilier, mon égal dans l’intimité, mon soutien dans l’effort.

Et ce titre, il ne le recevrait pas par la grâce de la tradition, mais par ma volonté royale, comme un acte de confiance et d’amour.

Il n’avait rien demandé, bien sûr. Comme toujours. Mais quand je lui annonçai la décision, je n’oublierai jamais son regard — cet éclat d’étonnement, suivi d’un silence lourd, puis de cette phrase toute simple :

Merci… de me choisir vraiment.

Je ne répondis rien. Je le pris juste dans mes bras. Le roi consort n’avait pas encore été proclamé ; mais dans mon cœur, il l’était déjà.

***LATRP***

Mi-juin. Le pays vibrait déjà à l’approche de la fête nationale. L'abdication du roi approchait et donc ma prestation de serment. Et pourtant, pour quelques semaines, ce n’était ni la politique, ni la monarchie, qui captait les regards.

C’était le football.

L’Euro 2032 battait son plein, entre l’Italie et la Turquie. Et pour la première fois depuis plus de dix ans, la Belgique était plus qu’un simple outsider. Les Diables Rouges étaient revenus à un très haut niveau. Cohésion, stratégie, talent : tous les éléments étaient réunis.

Les médias nous plaçaient parmi les favoris. Certains commentateurs parlaient même d’un “été rouge” pour la Belgique : rouge comme notre maillot, rouge comme le feu d’une génération retrouvée.

Je suivis chaque match, comme des millions d’autres. Tantôt depuis le Palais, tantôt en mission. Chaque but me faisait bondir. Chaque tir manqué me laissait le souffle court. Et plus les jours passaient, plus je me rendais compte à quel point cette équipe était en train d’unir le pays — comme seule une grande victoire sportive peut le faire.

Mais en demi-finale, le rêve s’est brisé. Une fois de plus, contre la France.

Ils avaient bien joué. Les deux équipes avaient livré un match splendide. Mais la France marqua le but décisif à la 87e minute. Et le silence qui suivit dans les foyers belges fut assourdissant.

Moi, je restai immobile devant l’écran. Pas de colère, pas de cri, juste ce pincement familier, celui que tout belge connaît trop bien quand la France nous coupe la route.

Edward glissa une main sur mon épaule. Il ne dit rien — il savait. Lui aussi avait vu les regards de nos joueurs, les genoux fléchis, les mains sur les visages.

Ils iront plus loin la prochaine fois, me dit-t-il doucement.

Ils avaient réveillé quelque chose. Et il avait raison. Ce n’était pas une fin, c’était un retour.

Et moi aussi, je me préparais à un nouveau départ.

***LATRP***

À quelques jours de la fête nationale, les préparatifs allaient bon train au château royal de Laeken. Les couloirs semblaient chargés d’une énergie nouvelle, mêlant la nostalgie des vingt années passées à l’anticipation d’un avenir tout proche.

Edward et moi allions bientôt prendre possession des appartements que mes parents occupaient depuis deux décennies. Ces pièces riches d’histoire et de souvenirs allaient être réaménagées à notre goût, avec une touche plus moderne, mais sans renier leur élégance classique.

Pendant ce temps, Charlie et Renée avaient emménagé provisoirement dans mes anciens quartiers, ceux dans lesquels je vivais avant de me marier. Une sorte de passage de relais discret, presque intime, dans les murs mêmes qui avaient vu grandir la princesse héritière.

Les ouvriers s’activaient, démontant rideaux, déplaçant meubles, repeignant les murs dans des teintes choisies par mon mari et moi qui voulions que notre nouveau foyer soit à la fois chaleureux et fonctionnel.

Je passais parfois plusieurs heures au château, observant les transformations, discutant avec les décorateurs, tout en sentant la gravité du moment. Ce n’était pas seulement un nouveau changement d’adresse : c’était l’officialisation de ma nouvelle vie, de mon nouveau rôle.

Edward, de son côté, prenait à cœur ce réaménagement. Il cherchait à préserver certains éléments historiques, comme un vieux bureau en chêne sculpté, tout en intégrant des espaces plus ouverts pour nos engagements futurs.

Ma mère me prodigua des conseils, parfois avec un sourire malicieux, me rappelant de ne pas perdre de vue que, même dans les ors du palais, il fallait garder les pieds sur terre.

Ce château est notre maison, Bella, me dit-elle. Et une maison, ça vit. Alors n’aie pas peur d’y mettre ta touche.

Je hochai la tête, le cœur battant. La maison allait bientôt changer de maîtresse, et avec elle, le destin d’un pays.

***LATRP***

Les aménagements finis, j'avais refusé de m'y installer avant mon intronisation, je voulais encore pouvoir profiter de notre intimité au maximum, c'est comme ça que le matin fatidique, avec Edward nous étions entrelacés dans notre lit.

L’aube n’avait pas encore envahi la chambre. Le monde semblait suspendu, juste pour nous. Édouard et moi étions restés au lit, les draps froissés autour de nous, comme un cocon fragile face à l’immensité du jour qui allait venir

Je sentais ses mains sur ma peau, légères, exploratrices, un souffle chaud qui me traversait. Nos souffles s’accordaient, nos corps se cherchaient, dans cette intimité silencieuse que rien ne pouvait troubler.

Je ne bougeai pas. Je voulais prolonger cet instant irréel, suspendu, avant que le jour ne m’arrache à lui. Avant que le monde entier ne me réclame.
Mais il a murmuré tout près de mon oreille :
Tu es réveillée… demanda-t-il, sa voix était rauque, encore pleine de sommeil.
Elle me traversa comme une caresse.
Oui, soufflai-je.
Je me tournai vers lui, et nos visages se trouvèrent à quelques centimètres l’un de l’autre. Ses yeux, même embrumés, me dévoraient déjà.
C’est aujourd’hui, a-t-il dit, comme s’il s’en voulait de le rappeler.
Je hochai la tête. Mon cœur battait trop fort. Il glissa une mèche de cheveux derrière mon oreille, son regard soudain plus grave.
Puis, avec un sourire doux-amer, il souffla :
Nous devrions commencer à nous préparer, une longue journée nous attend.

Je relevai la tête, interdite, boudeuse.
Quoi, me dit-il, faussement étonné.
Tu as intérêt de finir ce que tu as commencé ! m’exclamai-je.
Il sourit, puis prit une mine réfléchie.
Tu ne seras ma reine que dans quelques heures, je dois pouvoir encore te résister jusque-là.

J’étais à deux doigts de perdre patience, et c’est exactement ce qu’il voulait : que je flanche, que je le supplie.
Parfait. Deux peuvent jouer à ce petit jeu de provocation.

Je déposai lentement mes lèvres sur son torse, effleurant sa peau avec une tendresse calculée. Mes baisers s’attardaient, progressant vers son cou. Pour y parvenir, je dus me hisser un peu, ce qui me rapprocha encore de lui. Ma jambe, déjà nichée contre son bas-ventre, pressa un peu plus, créant un contact volontaire.

Mon buste effleura son torse alors que je m’arquais subtilement, cherchant à éveiller davantage ses sens. Enfin, mes lèvres trouvèrent l’espace juste sous son oreille, où je laissai un baiser à peine audible.

Il ne bougeait pas. Je sentais la tension qu’il retenait, son souffle suspendu.

Je remontai vers sa mâchoire, effleurant sa peau de baisers tandis que mes hanches entamaient un mouvement lent, presque imperceptible, contre sa hanche. Mon genou continuait de frôler sa virilité, le provocant en silence.

Sa main se referma brusquement sur mes hanches, ses doigts s’enfonçant légèrement dans ma peau. Il résistait encore, tentait de garder la maîtrise.

Je poursuivis ma lente descente avec ma main, la faisant serpenter sur son torse, dessinant des formes paresseuses. Arrivée à la lisière de son bas-ventre, je fis glisser mes doigts vers l’intérieur de sa cuisse, jouant encore un instant.

Puis je me redressai, un éclat malicieux dans le regard.

Tu as raison, on va finir par être en retard.

Je me détachai doucement, prête à me lever, guettant le moment où il céderait.

Il revint enfin à lui, tiré de ses pensées, et un sourire se dessina sur son visage lorsqu’il croisa mon regard. Nous y étions de nouveau : à ce moment précis où tout peut basculer, au jeu silencieux de celui qui flanchera le premier.

Tu m’agaces, lâchai-je dans un cri presque amusé avant de lui sauter dessus.

Il m’accueillit en riant, les bras ouverts, comme s’il n’attendait que ça.

Allongée sur lui, je sentis la pression de son désir contre mon ventre, et mon sourire se figea. Nos regards s’accrochèrent, et ce que je vis dans ses yeux me traversa comme une décharge : cette envie brûlante, animale, mais emplie d’intensité.

Nos lèvres se trouvèrent, s’empoignèrent, s’affrontèrent dans un baiser avide, chacun cherchant à dominer l’autre. Mon bassin bougeait contre le sien, le faisant grogner — ce son me fit frissonner.

Avant même que je ne puisse réagir, il inversa nos positions d’un mouvement fluide. Il était désormais au-dessus de moi, suspendu sur ses bras, son regard explorant lentement chaque parcelle de mon corps. Ses yeux faisaient naître des rougeurs sur ma peau tant leur intensité me dénudait autrement que physiquement.

Je mordis ma lèvre, troublée. Il s’approcha et, du pouce, la libéra de mes dents avec une tendresse ravageuse. Alors que mes yeux ne lâchaient pas les siens, il s’enfonça en moi d’un seul coup.

Mon corps l’attendait, réceptif, prêt. Mes jambes, presque par instinct, se levèrent pour enserrer ses hanches, l’invitant plus profondément encore.

Un gémissement m’échappa. Ma tête bascula en arrière, mes paupières se fermèrent sous la vague de plaisir.

Il ne bougea pas, entièrement logé en moi. Quand j’ouvris les yeux, il me regardait toujours, ses prunelles incandescentes. Il ressortit lentement, puis revint avec force.

Ma reine, souffla-t-il.

Son souffle effleura mon visage et, à ses mots, je tremblai de la tête aux pieds. Tout mon corps vibrait à son rythme.

Je voulais lui parler, lui dire combien je l’aimais, combien il comptait, mais aucun mot ne passait. Je n’étais qu’émotion, chair offerte, âme suspendue.

Il s’enfonçait en moi de plus en plus fort, plus profondément, jusqu’à frapper des zones en moi qui me faisaient perdre pied.

Je haletais, incapable de contrôler quoi que ce soit, incapable de faire autre chose que de l’accueillir en moi et de gémir sous ses assauts.

Ses mains glissèrent le long de mon corps, caressant ma cuisse, puis ma cheville qu’il remonta lentement jusqu’à son épaule, sans jamais briser le contact de nos regards. Il fit de même avec mon autre jambe.

Une fois en place, ses mains trouvèrent mes hanches, et il se recula légèrement pour mieux me pénétrer encore. Un cri m’échappa, involontaire, tant il me comblait entièrement.

Après quelques mouvements lents et profonds, mes gémissements devinrent continus. Il accéléra, sa prise sur moi se raffermit, ses mouvements gagnèrent en intensité.

Je perdis tout repère. Même le contact visuel s’effaça, mes jambes m’enfermaient dans une bulle de sensations, son torse inaccessible.

Quand il laissa échapper un râle et un juron, je rouvris les yeux. Il regardait nos corps unis, fasciné. J’en fus jalouse : lui, il pouvait voir ce spectacle que je ne pouvais qu’imaginer.

Comme pour en profiter davantage, il écarta mes jambes, posant ses mains sur mes chevilles. J’étais totalement exposée, vulnérable et désirée, et il continua à me pénétrer plus lentement.

Je parvins à me redresser sur mes coudes, puis à attraper sa nuque pour l’attirer vers moi. Il me rejoignit, relâchant mes jambes, et nos bouches se trouvèrent dans un baiser brûlant.

Il reprit ses mouvements, plus rapides, jusqu’à ce que le souffle nous manque. Il s’écarta à peine, le regard obscurci par le désir.

Tourne-toi, ordonna-t-il.

Avant même que je n’aie pu réagir, il m’avait guidée sur le côté, repliant mes jambes, puis m’aida à me mettre à quatre pattes.

Je n’étais plus qu’un pantin entre ses mains. À peine avais-je pris appui sur mes coudes qu’il était déjà en moi, à nouveau.

Son torse se posa contre mon dos, brûlant, battant. Son souffle court se mêlait au mien, et dans le silence qui suivit, il n’y avait plus rien que nos corps unis et l’écho vibrant de ce que nous venions de vivre. Comme si le monde s’était arrêté pour nous laisser ce moment, pur, absolu, suspendu dans l’intimité.

Mais il n’avait pas fini de me faire chavirer.

Ses mains glissèrent à nouveau sur moi avec une lenteur calculée, comme s’il dessinait chaque frisson sur ma peau. Son bassin reprit ses mouvements, cette fois plus profonds, plus rythmés, comme une prière silencieuse qui montait crescendo. J’étais arc-boutée sous lui, submergée par un flot de sensations — chaque va-et-vient réveillait des tremblements enfouis, chaque soupir contre mon oreille attisait le feu que je contenais à peine.

Il accéléra légèrement, et je sentis son corps se tendre, se concentrer tout entier sur moi, sur cet instant où plus rien n’existait que nous deux. Mon souffle s’accéléra à son tour, court, saccadé, mes doigts crispés sur les draps. Une chaleur vive me dévorait le bas-ventre, montant par vagues, impossible à contenir.

Alors, sa voix grave s'éleva, presque rauque :

Ma reine… Jouis pour moi… maintenant…

Ce fut le point de rupture. Mon corps s’ouvrit tout entier à lui dans un élan incontrôlable. Le plaisir me submergea, profond, éclatant, me brisant en une myriade de frissons. Je ne gémissais plus, je soupirais son nom comme un secret trop longtemps gardé, offerte, éperdue.

Quelques secondes plus tard, il se libéra à son tour, dans un râle profond, vibrant d’émotion contenue. Son corps s’enfouit un peu plus contre le mien, comme s’il voulait s’y fondre. Je sentis la chaleur de son plaisir s’unir au mien, dans un dernier élan, fort, intense, bouleversant.

Et puis, plus rien que nos souffles mêlés, nos cœurs affolés, et ce silence magnifique après la tempête. Il resta en moi un instant, lové contre mon dos, sa main cherchant la mienne, ses lèvres effleurant mon épaule avec une douceur infinie.

Nous étions là, nus, haletants, mais plus unis que jamais.

Le silence qui suivit ne fut pas vide. Il vibrait encore de ce que nous venions de vivre.

Je restai blottie contre son torse quelques secondes, le souffle encore court, le cœur tambourinant. Puis je me redressai lentement, traçant distraitement des cercles sur sa peau du bout des doigts.

— On va être en retard, soufflai-je, un sourire malicieux aux lèvres.

Il grogna tout bas, et referma ses bras autour de ma taille, m’attirant à nouveau contre lui.

Et alors ? La Belgique attendra.

Elle attend toujours. Mais pas nous. Pas aujourd’hui.

Il m’embrassa une dernière fois, longuement, avant de céder. D’un geste souple, je quittai le lit, encore étourdie, et ramassai ma chemise qui gisait au sol, abandonnée comme un souvenir flou.

Je l’enfilai à la hâte, riant presque en voyant son regard suivre chacun de mes mouvements, irrésistiblement tenté de me retenir encore.

Si on se douche ensemble, on ne sortira jamais d’ici, dis-je en reculant vers la porte.

— Tu marques un point, concéda-t-il en se redressant.

Il se leva à son tour, les cheveux en bataille, l’air indécemment royal dans sa nudité paresseuse. Avant que je ne referme la porte, il lança d’un ton faussement sérieux :

Pas de pensées impures sous la douche.

Je levai un sourcil, amusée.

Toi non plus. On a dit dix minutes. Pas une de plus.

Il sourit, un peu résigné, un peu joueur.

Tu es cruelle.

Et tu m’aimes pour ça.

Je refermai la porte derrière moi, non sans me retourner une dernière fois pour croiser son regard. Il était encore nu, encore magnifique, et je savais que si je restais une seconde de plus, je serais perdue.

Il n’eut qu’un mot, chuchoté comme une promesse :

Ma reine.

Ce n’était pas la peur qui me tenait le ventre. C’était autre chose. Une émotion plus calme. Plus grave. De la gratitude, peut-être. De l’amour aussi.

Après une douche rapide, je m’habillai en silence, enfilant le tailleur-pantalon que j’avais choisi avec soin, bleu roi, la couleur des souverains. Une déclaration discrète, mais assumée. Je voulais qu’on voie la femme avant la couronne, la force avant le protocole.

***LATRP***

À 8h30, Edward et moi rejoignîmes le cortège qui devait nous conduire à la cathédrale Saint-Michel-et-Gudule, où l’ensemble de la famille royale nous attendait. Les rues restaient encore calmes, mais je savais que tout Bruxelles s’éveillait avec nous.

À 9h précises, le Te Deum débuta. Une tradition. Une mémoire vivante. Chaque année, cette messe solennelle commémorait la prestation de serment du premier roi des Belges. Mais cette fois, tout résonnait autrement. Car, dans moins de deux heures, l’histoire allait de nouveau s’écrire.

Je me tenais droite, concentrée, mais tout en moi vibrait. Le chœur s’élevait sous les voûtes de la cathédrale, et je jetai un regard à mon père, assis non loin. Il paraissait calme. Mais je connaissais ce calme. C’était celui qu’il arborait lorsqu’il portait le poids de tout un pays.

Nous partîmes ensuite pour le Palais Royal, solennels. Le cœur du pouvoir, le cœur de l’histoire, les tapis rouges étaient déroulés, les caméras postées à bonne distance, les regards rivés sur les grandes portes.

La salle était comble. Famille, Premier Ministre, Président de la Chambre, Président du Sénat, hauts magistrats, anciens Premiers Ministres, représentants des grandes institutions : tout le pays semblait réuni là, condensé dans ces murs dorés.

Et, au centre, un bureau, deux documents : l’acte d’abdication.

À 10h45, mon père se leva et le silence tomba.

Mon cœur battait fort. Ce n’était pas comme lors d’un discours, ni comme durant une cérémonie officielle. Non, c’était un battement plus profond, plus ancien, comme si tout mon être pressentait qu’un instant irréversible était sur le point de se produire.

La salle demeurait silencieuse. Tous s’étaient levés lorsque le Roi s’avança vers le bureau où reposaient les documents. Deux feuilles à peine, mais qui allaient faire basculer l’histoire.

Il se tourna vers l’assemblée. Sa voix, toujours claire, portait une émotion que seuls ceux qui le connaissaient vraiment pouvaient percevoir.

Il ne lut aucun texte préparé. Il parla simplement. En homme, en père, en roi.

« Mesdames et messieurs,

Voilà vingt ans que j’ai prêté serment comme septième roi des Belges. Vingt années de service, de défis, de joies et parfois de douleurs. Aujourd’hui, je me tiens devant vous non plus pour régner, mais pour transmettre. »

Il marqua une pause, regarda Maman, puis moi.

« Mon état de santé m’impose de ralentir. Et notre pays mérite un souverain en pleine possession de ses moyens, prêt à affronter les enjeux de demain. C’est pourquoi, en accord avec le gouvernement, j’ai décidé d’abdiquer la couronne en faveur de ma fille, la princesse héritière. »

Je sentis Édouard effleurer ma main du bout des doigts. Mon cœur se serra.

« Je le fais avec confiance, car je sais que Bella est prête. Prête à servir, à écouter, à guider. Et je le fais avec paix, car je sais que je laisse le pays entre de bonnes mains, les siennes, et les vôtres. »

Il prit le stylo posé sur le bureau et signa lentement, posément. Une première fois. Puis une seconde.

Un murmure parcourut la salle, puis le silence retomba.

À cet instant précis, j’étais devenue reine des Belges, pas encore investie, pas encore en serment. Mais juridiquement, moralement, symboliquement, la couronne venait de changer de tête.

Charlie se tourna vers moi. Son regard était fier, ses yeux, humides.

Je m’avançai et le serrai dans mes bras, pas en reine, mais en fille.

À midi, la salle du Parlement retenait son souffle. Chaque siège était occupé, chaque regard tourné vers moi. À cet instant, le temps semblait suspendu. Il n’y avait plus de murmures, plus de mouvements, rien que le silence solennel d’un moment que l’Histoire allait retenir.

Je m’avançai vers le pupitre, le cœur battant, mais le pas assuré. J’avais grandi dans cette monarchie, j’en connaissais les moindres rituels. Et pourtant, jamais aucun d’eux n’avait eu ce poids, cette charge, ce vertige.

Arrivée devant la table, je posai la main gauche sur la Constitution, lentement, avec respect. Puis, je levai la main droite.

Ma voix s’éleva, claire, posée :

« Je jure d'observer la Constitution et les lois du peuple belge, de maintenir l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire. »

Pendant une seconde, tout resta figé. Une seconde qui résonna dans mon corps tout entier.

Puis les applaudissements éclatèrent. Pas bruyants, pas effusifs, mais profonds, sincères, lourds de ce qu’ils signifiaient.

Je n’étais plus simplement la fille du roi. Je n’étais plus l’héritière.

J’étais devenue le huitième souverain de Belgique. Et la première reine de toute son histoire.

Je me retournai vers la salle. Mon père avait les yeux humides. Ma mère souriait, droite comme toujours. Edward, lui, me regardait comme si plus rien d’autre n’existait.

Et dans ce regard, je lus une promesse. Celle qu’il serait là, à mes côtés, quoi qu’il advienne.

J’étais la Reine, pas d’un conte, pas d’un rêve d’enfant, la Reine d’un pays. De mon pays.

« Majestés, Monsieur le Président de la Chambre des Représentants, Madame la Présidente du Sénat, Mesdames et Messieurs les Députés et Sénateurs, Chers concitoyens,

En prêtant serment il y a quelques instants, j’ai assumé une responsabilité immense, portée avant moi par sept souverains. Chacun d’eux a servi ce pays avec dévouement. Mon père, le roi Charles, a été le dernier d’entre eux. Pendant vingt ans, il a entretenu la confiance du peuple belge par sa chaleur, son humanité profonde, et l’attention constante qu’il a portée à chacun d’entre vous. En tant que chef d’État, il a rempli sa mission avec sérieux, engagement, et sagesse.

À ses côtés, la reine Renée a assumé son rôle avec la même discrétion que conviction, se consacrant avec passion à des domaines aussi essentiels que l’enseignement et la culture. Ensemble, ils ont incarné l’unité, la proximité, la stabilité.

Aujourd’hui, je mesure l’honneur, mais aussi le poids de leur héritage.

Notre pays traverse des moments difficiles. Ces temps de transition et d’incertitudes demandent plus que jamais de la solidarité, de l’entraide, et de la confiance mutuelle. La devise de la Belgique — L’union fait la force — n’a jamais été aussi juste. C’est ensemble que nous affronterons ces défis. C’est ensemble que nous les surmonterons.

Je vous encourage aussi à soutenir pleinement l’Europe, dont Bruxelles est le cœur battant et la capitale. L’Europe porte un grand projet de paix, de coopération et de prospérité. Au cours des missions que j’ai accomplies cette dernière année, j’ai pu constater combien les talents, les atouts et la force de la Belgique sont appréciés à travers le monde — et au sein même de l’Europe.

C’est dans cet esprit que je m’engage à agir durant tout mon règne. Je soutiendrai, en Belgique comme à l’étranger, toutes les qualités qui font la richesse de notre pays et la grandeur de son peuple.

Je mesure la chance qui est la mienne de pouvoir compter, aujourd’hui, sur le soutien indéfectible de mes parents.

Et sur celui de mon époux. 

Je m’adresse ensuite à celui-ci, le regardant avec tout l’amour qu’il éveillait en moi :

« Edward, cela ne fait que quelques mois que tu as officiellement rejoint notre pays, et déjà tu t’es investi de tout ton cœur dans de nombreuses activités. Ton sens naturel du contact, ton écoute, ta bienveillance ont touché bien des cœurs. Ta présence à mes côtés me rassure, m’encourage et me renforce. 

Je m’apprêtai ensuite à faire une annonce choque, de prendre une décision jusque là inédite pour une souveraine.

« En ce jour solennel, alors que j’ai l’immense honneur de me tenir devant vous en tant que souveraine de notre royaume, il me tient à cœur de poser, dès à présent, un acte empli de sens et de symbole.

Mon premier acte en tant que Reine est donc de reconnaître officiellement le rôle précieux, discret mais indéfectible, de celui qui se tient à mes côtés.

C’est pourquoi, en tant que Reine des Belges, je proclame aujourd’hui mon époux, le prince Edward, Roi Consort.

Par cet acte, je souhaite honorer non seulement l’homme, mais aussi le partenaire d’un destin que nous continuerons à écrire ensemble, au service de notre peuple.

Nous entamons ensemble, confiants et déterminés, ce nouveau chapitre de notre vie. Et de la vie de notre pays.

Je tiens à remercier non seulement le peuple belge, mais également le Parlement et le Sénat, les deux chambres réunies, pour la confiance qu’ils m’accordent.

Je vous remercie.

 

Leve België!

Es lebe Belgien!

Vive la Belgique ! »

***LATRP***

N/A : (informations au cas où vous ne connaitriez pas)

*1 les Diables rouges : surnom de l’équipe nationale de football de Belgique.

*2 les Three Lions : surnom de l’équipe anglaise.

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Épilogue : 20 ans + tard

Vingt-et-un ans déjà que je prêtai serment devant la Nation. Vingt-et-un ans que je devins Reine des Belges. C’était presque irréel, parfois...