Septembre 2031
Je n'avais pas encore défait ma valise quand on m'a convoquée.
Trois semaines à peine. Trois semaines de lune de miel au Kenya, à marcher pieds nus dans des terres brûlées de soleil, à goûter une liberté qu'aucune couronne ne pouvait encore m'ôter. Trois semaines à être juste Bella, épouse, amoureuse, vivante. Et puis le retour, le palais, l'air plus froid, plus lourd et le protocole qui m'attendait déjà sur le seuil.
Mon père me reçut dans son bureau. Il avait maigri. Ses gestes, autrefois fermes et précis, trahissaient une lenteur inhabituelle. Il ne tourna pas autour du pot. Il voulait que je commence à l'assister, que je prenne la mesure du trône qu'il s'apprêtait à me céder.
— Il te reste moins d'un an, avait-il dit. Il faut que tu sois prête.
Ce n'était pas une demande. C'était un passage de relais silencieux, empreint d'amour et de résignation.
Depuis, mes journées avaient basculé. Réunions, discours, rapports, réceptions, j'apprenais à marcher avec le poids de la couronne sans la porter encore. Je souriais en public, je restais droite, je ne disais pas tout ce que je pensais — surtout devant ceux qui, dans les salons dorés du palais, attendaient mon premier faux pas pour critiquer la monarchie à voix basse, ou parfois, à voix haute.
Et lui… Mon mari… Il m'attendait souvent seul, au Belvédère, que je ne faisais qu'effleurer au milieu de la nuit. Nous étions jeunes mariés, mais déjà séparés par des murs invisibles faits d'obligations et de silence.
Dans quelques jours, j'allais avoir trente ans. L'âge symbolique, dit-on. Pour l'occasion, je devais préparer un discours à prononcer devant les membres du Parlement et plusieurs chefs d'État invités. Je dis "préparer", mais il faudrait plutôt dire supervisée. Chaque mot que je proposais était analysé, pesé, corrigé par une équipe de ministres — certains monarchistes tièdes, d'autres farouchement opposés à ma simple existence. Parfois, je me demandais à quoi bon parler, si ce n'était pas ma voix qu'on laissait s'élever.
Mais j'allais parler. J'allais parler quand même.
Je relus la même phrase pour la dixième fois, sans rien ressentir.
"À trente ans, on attend de moi une maturité d'esprit, une vision d'avenir, et un engagement sans faille envers les institutions de notre pays."
Plate. Glacée. Pas moi.
Je poussai un soupir, posant ma plume avec lassitude.
— Tu comptes grimacer comme ça pendant tout ton anniversaire ? dit une voix familière derrière moi.
Je levai les yeux. Angela entrait dans la bibliothèque, suivie de Mike, qui tenait deux tasses fumantes.
— On t'a apporté du thé, annonça-t-il en posant l'une d'elles devant moi. Tu avais l'air de quelqu'un qui écrivait son testament plutôt qu'un discours.
— C'est un peu la même chose, murmurai-je. Chaque mot est disséqué par des ministres. Je ne peux pas être honnête. Je dois être… utile.
Angela s'assit à côté de moi.
— Tu peux l'être sans te trahir, déclara mon amie. Tu es intelligente, Bella. Dis quelque chose qui soit vrai et diplomatique. Comme… je sais pas, une phrase qui dit que tu crois en la force des jeunes générations, sans dire que les anciens sont dépassés.
Mike haussa les épaules.
— Ou tu pourrais juste dire que tu vas botter des culs avec grâce, plaisanta mon frère.
Je pouffai, malgré moi.
— Je suis censée incarner la stabilité, Mike! clamai-je. Pas une héroïne de film d'action.
Il fit un clin d'œil.
— Alors incarne la stabilité… avec un peu de feu. Le peuple aime les reines qui ont une étincelle. Et moi aussi! ajouta-t-il en me lançant un clin d'œil.
Angela sourit doucement.
— Sois toi. Même entre les lignes. On finira par t'entendre.
La veille de mes trente ans, je me tenais droite aux côtés de mon père dans l'hémicycle de la Chambre des représentants, au Palais de la Nation, à Bruxelles. Il portait son habit traditionnel, et moi un tailleur rose pâle choisi par Angela, à la fois sobre et symbolique. Ce jour-là, la rentrée parlementaire prenait une signification nouvelle : je n'étais plus seulement princesse, j'étais l'héritière officielle, et le pays le savait.
La salle plénière me donnait toujours la même impression étrange : austère mais imposante. Les murs clairs, les boiseries profondes, les sièges en gradins disposés en demi-cercle... tout semblait conçu pour que les regards convergent vers le centre, là où s'échangeaient les décisions d'État. Une solennité presque froide, mais empreinte d'histoire.
Je suivais les usages à la lettre, souriant avec justesse, saluant à temps. Après les discours d'ouverture, plusieurs ministres vinrent me saluer personnellement.
— Toutes mes félicitations, Madame, me dit l'un d'eux en inclinant légèrement la tête. Votre mariage a été un sujet de réjouissance, même à distance.
— J'aurais aimé être présent, ajouta un autre. Mais j'avais promis cette croisière à mes enfants depuis deux ans… Les vacances, vous savez.
J'acquiesçai avec diplomatie. Ce genre d'absences, je les comprenais, même si je savais aussi lire entre les lignes. La monarchie, pour certains, restait un accessoire qu'on porte ou non selon l'humeur du jour.
Plus tard, dans une salle attenante, je présentai mon discours d'anniversaire au comité ministériel chargé de le superviser. Ils écoutèrent en silence pendant que je lisais. Mes mains tremblaient un peu, malgré mes efforts pour paraître calme.
Quand je terminai, un long silence s'installa.
— C'est bien construit, dit enfin le ministre de l'Intérieur. Sobre, mais pas fade. Vous avez su respecter l'équilibre.
— Et surtout, ajouta la ministre des Finances. Vous évitez les sujets piégés. C'est une qualité rare.
Je ne répondis rien, mais au fond de moi, un soulagement profond s'installait. J'avais passé un cap. Ils n'avaient pas cherché à censurer ni à corriger. Pas cette fois.
Alors que je rangeais mes notes après la séance, la ministre de la Culture s'approcha de moi avec ce sourire doux qu'elle réservait aux moments plus personnels.
— Votre Altesse, me dit-elle en baissant légèrement la voix. J'espère que vous avez eu un peu de repos malgré l'agenda royal. Votre voyage de noces s'est bien passé ?
Je sentis mes lèvres s'étirer sans effort. Rien qu'à l'évocation, les souvenirs me revenaient comme une vague chaude : la poussière ocre, les ciels infinis, les animaux sauvages...
— Oui, c'était vraiment merveilleux. Nous sommes partis au Kenya. Trois semaines de dépaysement total. Nous avons fait un safari, vu des lions, des girafes, des éléphants, des troupeaux entiers de zèbres... J'en avais rêvé depuis l'enfance.
Elle sourit franchement, presque attendrie.
— Je me souvenais que vous étiez fascinée par les animaux. Il me semble que, petite, vous aviez même proposé une réserve naturelle dans les jardins royaux...
Je ris doucement.
— Oui, j'étais persuadée qu'on pourrait y faire cohabiter des pingouins et des gazelles. J'avais peu de notions de climat à l'époque. Mais je suis restée fidèle à cette passion, malgré... tout le reste.
Elle hocha la tête avec complicité, puis ajouta, curieuse :
— Et la chaleur ? Ce n'était pas trop difficile ?
Je fis une légère grimace.
— Si, il faisait très chaud, surtout pendant les safaris. Mais heureusement, pour la dernière semaine, nous avons séjourné sur la côte. L'air marin, les soirées au bord de l'eau… C'était un vrai soulagement. Et un peu de romantisme aussi, je dois l'admettre.
Ses yeux pétillèrent.
— Vous avez eu raison. L'amour se nourrit autant d'aventure que de calme.
Je hochai la tête, touchée par sa bienveillance. Ce genre d'échange simple et humain me rappelait que, même dans ce monde politique, il restait des espaces sincères.
Le lendemain matin, encore engourdie par le sommeil, je sentis une légère agitation autour de moi. J'ouvris à peine les yeux, mais me souvenais : c'était le jour de mon 30e anniversaire.
Je sentis d'abord une humidité étrange sur ma joue, suivie d'une haleine chaude et d'un petit gémissement insistant. Avant même d'ouvrir complètement les yeux, je savais ce que c'était.
— Poppy…
J'ouvris lentement les paupières et me retrouvai nez à truffe avec mon labrador chocolat. Ses yeux ronds et brillants me fixaient avec adoration, et sa langue se préparait déjà pour une nouvelle offensive.
— Poppy, tu sais que tu n'as pas le droit de monter sur le lit, dis-je à mon chien.
Ma voix se voulait ferme, mais le ton restait doux. Elle battit de la queue en guise de réponse, son arrière-train frémissant d'excitation. Je tendis une main vers elle pour lui caresser la tête.
— Allez, descends maintenant, insistai-je.
Elle obéit sans discuter, bondissant hors du lit avec une souplesse qu'elle ne réservait qu'aux occasions spéciales.
— Bonne fille, la félicitai-je alors.
Je m'étirais à peine quand Edward entra dans la chambre, un torchon sur l'épaule, les cheveux en bataille, l'air faussement contrarié.
— Tu es déjà réveillée ? demanda-t-il avec une déception dans la voix.
Je lui lançai un regard interrogateur.
— Bonjour à toi aussi…
Son visage s'éclaira aussitôt d'un sourire.
— Bon anniversaire mon amour!
Il s'approcha pour m'embrasser doucement sur le front.
— J'allais t'apporter le petit-déjeuner au lit, avoua-t-il. C'était censé être une surprise.
— Toi, cuisiner ? Je suis presque plus surprise par ça que par le réveil canin.
Il leva les mains en signe de protestation.
— Je sais faire cuire des œufs, je te signale et du bacon, grommela mon mari. C'est dans mes rares compétences pratiques, surtout quand c'est pour faire plaisir à ma reine.
Je ris doucement, touchée malgré moi. Il avait cette façon de rendre chaque moment important, sans jamais en faire trop.
— Donne-moi cinq minutes, je vais me rafraîchir, dis-je en me levant.
Je filai vers la salle de bain, le carrelage frais sous mes pieds. Une douche rapide, un peu d'eau sur le visage, un peigne passé dans mes cheveux, et j'étais prête à affronter la journée. Enfin… presque.
Dans la cuisine, le parfum du café chaud se mêlait à celui du bacon grillé. La table était dressée simplement, avec une petite fleur dans un verre, sans doute chipée au jardin. Edward m'attendait, fièrement debout derrière deux assiettes fumantes.
— Madame est servie, déclara-t-il avec un clin d'œil.
— Monsieur est trop aimable.
Je pris place, savourant autant le repas que l'attention.
Après avoir fini, je remontai dans la chambre pour m'habiller. Aujourd'hui, pas de fantaisie : j'enfilai un tailleur blanc, sobre mais élégant, parfait pour la journée protocolaire qui m'attendait. En me regardant dans le miroir, je me dis que j'avais l'air d'une femme qu'on s'apprête à applaudir. Et peut-être, enfin, d'une reine en devenir.
Le Palais Royal vibrait d'une énergie calme mais dense, propre aux grandes réceptions. Le parquet ancien résonnait doucement sous les pas des invités, les murs tendus de soie semblaient écouter en silence les échanges feutrés entre ministres, chefs de partis et membres de familles royales. Le personnel d'apparat s'affairait discrètement autour des buffets dressés avec une précision presque chorégraphique.
Je saluai les visages familiers avec des sourires maîtrisés. Certains chefs de partis que je connaissais à peine venaient me féliciter pour mon anniversaire, d'autres pour mon mariage. Le protocole imposait des mots polis, mais je sentis chez quelques-uns une sincérité timide.
Les Cullen étaient au grand complet, élégants et impeccables comme toujours. Ma tante, entourée de ses enfants et de son mari, me fit de petits signes complices à travers la foule.
Et puis, je les vis. Un petit groupe qui tranchait agréablement avec les tailleurs sobres et les costumes gris : les enfants de l'orphelinat. Mon orphelinat, celui qui portait mon nom depuis quelques semaines.
Ils étaient en ligne, tenus par la main ou posés sur les hanches des éducateurs, intimidés mais excités. Un sourire incontrôlable me monta aux lèvres.
— Madame la Princesse Isabella! cria une petite voix familière.
Je tournai la tête et reconnus immédiatement Lucie. Petite frimousse malicieuse, cheveux bruns tirés en couettes, robe rose pâle qu'elle portait comme si c'était une robe de bal.
— Lucie ! m'écriai-je en m'agenouillant à sa hauteur.
Ses yeux s'illuminèrent et elle s'approcha sans hésiter.
— Joyeux anniversaire ! dit-elle d'une voix fière, comme si elle s'était entraînée.
Je posai ma main sur son épaule et lui souris.
— Merci beaucoup, Lucie. Tu sais, ça me fait tellement plaisir que tu sois venue. Et je me souviens que tu aimes les fleurs… tu as vu le jardin dans la cour du palais ?
Elle hocha la tête, rayonnante, les joues rouges d'émotion.
— Oui ! Y a plein de roses! s'exclama la petite fille. Et une fontaine !
— Tu veux que je te la montre de plus près après la réception ? Je suis sûre qu'on peut faire une petite visite spéciale.
Elle acquiesça vivement, ses mains serrées devant elle comme pour ne pas exploser de joie.
— D'accord ! Promis ?
— Promis, dis-je en lui tapotant le nez.
Derrière elle, un homme approcha. C'était Riley Bears, l'un des éducateurs de l'orphelinat. La trentaine, grand, le regard franc, avec ce calme solide des gens qui travaillent au cœur du réel.
— Votre Altesse, dit-il avec un sourire respectueux. Merci de nous avoir invités. C'est un immense honneur pour les enfants… et pour nous tous. Joyeux anniversaire, et félicitations pour votre mariage. Nous avons vu les photos dans les journaux — les petits les regardaient tous les matins en attendant leur chocolat chaud.
Je ris doucement.
— Alors je suis heureuse qu'ils aient tant affectionné les photos de mon mariage… Et merci à vous. Vous faites un travail admirable, monsieur Bears. Je n'oublie pas ce que vous apportez à ces enfants. Sincèrement.
Il inclina légèrement la tête, touché.
— Nous n'oublions pas non plus ce que vous avez apporté. Votre présence, lors du défilé l'an dernier, comme à l'inauguration i mois, a laissé une marque. Ils parlent encore de vous comme d'une grande sœur. Et croyez-moi… c'est rare.
Je sentis ma gorge se serrer doucement. Dans un monde saturé de discours et de dorures, ces mots-là étaient les plus précieux.
— Alors je continuerai à être là pour eux. Pas comme une Reine. Mais comme Bella.
Après avoir échangé quelques mots avec Riley et les enfants, je me dirigeai vers l'autre bout de la salle où mes parents attendaient, entourés de quelques invités familiers. Leur présence me rassurait toujours, même dans ce genre d'événement officiel.
À côté d'eux, mes beaux-parents se tenaient debout, impeccables et souriants. Ma belle-mère, Esmée, fut la première à me voir. Sans hésiter, elle s'avança vers moi et m'enlaça chaleureusement.
— Joyeux anniversaire, ma chérie, me murmura-t-elle avec douceur dans un souffle.
Je fus surprise par cette effusion d'affection, car, à ma connaissance, ce genre de geste n'était pas vraiment conforme au protocole britannique — ni très courant chez eux, d'ailleurs. Mais cela me toucha profondément.
Peu après, Carlisle, son mari, s'approcha à son tour. Il m'adressa un sourire sincère, puis, sans cérémonie excessive, déposa un baiser sur chaque joue.
— Bon anniversaire Bella, me dit-il calmement, mais avec chaleur.
Je restai un instant figée, surprise par cette familiarité et cette tendresse qu'ils manifestaient sans réserve. Dans la tradition britannique, ce genre d'expression physique n'était pas d'usage, ni bien vu dans les cercles royaux. Pourtant, je ne pouvais qu'apprécier ces marques de gentillesse simples et vraies.
Je souris, heureuse d'avoir ces parents-là à mes côtés, même si notre monde était souvent rigide et codifié.
Je saluai enfin Carlisle en m'inclinant devant lui, comme l'imposait la courtoisie lorsqu'on croisait un noble de plus haut rang. Mais d'ici moins d'un an, nous serions à égalité et finies les révérences pour moi.
— Merci à vous deux, dis-je en serrant doucement leurs mains. Ça me fait vraiment plaisir.
Esmée me regarda avec un éclat dans les yeux.
— Tu es de la famille, me dit-elle. Et nous sommes fiers de toi, ne l'oublie jamais.
Le cœur un peu plus léger, je me préparai à retourner vers les autres invités, emportant avec moi cette chaleur inattendue.
Je traversai la salle pour rejoindre mon époux, installé près de sa sœur. Dès que je me rapprochai, Alice se leva d'un bond et m'accueillit d'une étreinte aussi fervente que celle de sa mère un peu plus tôt.
— Joyeux anniversaire Bella ! dit-elle avec un sourire éclatant.
Je lui rendis son sourire et m'assis doucement à côté d'Edward. Il glissa sa main dans la mienne, caressant doucement mon pouce. Ce simple geste calma aussitôt le stress qui commençait à monter en moi. Sa présence avait toujours ce pouvoir.
— Ça va aller, murmura-t-il à mon oreille.
Je hochai la tête, essayant de me convaincre autant que lui.
Les invités prirent place et, bientôt, le silence se fit. La réception débuta par le discours du Premier ministre, M. De Wever. Il s'exprima en néerlandais, sa langue maternelle, avec une assurance tranquille qui captiva l'assemblée.
Puis vint le moment de Charlie. Il se leva avec dignité, et, dans un français soigné, il présenta ses vœux publics à sa fille. Il prit soin de prononcer aussi quelques phrases en néerlandais et en allemand, les trois langues officielles de notre pays. Mais il insista avec douceur sur le français, la langue qu'il utilisait le plus en privé.
« Mesdames et messieurs,
Aujourd'hui, nous ne célébrons pas seulement les trente ans de ma fille. Nous célébrons une femme, une princesse héritière, une épouse… et bientôt, une reine.
Isabella, ces derniers mois ont marqué un tournant dans ta vie — et dans la nôtre. Il y a tout juste un mois, tu as uni ta destinée à celle d'Edward, dans une cérémonie pleine d'émotion et d'espérance. À vous deux, vous formez un couple fort, complice, et profondément engagé.
Te voir entrer dans ce nouveau chapitre avec autant de grâce et de détermination m'émeut profondément. Tu portes déjà les valeurs que j'ai toujours défendues : le respect, l'écoute, le sens du devoir.
Tu te prépares à devenir reine, et je sais que tu le feras avec cœur et intelligence.
Joyeux anniversaire, Isabella. En tant que roi, je suis rassuré. En tant que père, je suis fier. Et en tant qu'homme, je suis touché par la femme admirable que tu es devenue.»
Ses paroles réchauffèrent mon cœur et calmèrent un peu mes nerfs.
Enfin, ce fut à mon tour. J'inspirai profondément, sentant les regards posés sur moi. Pendant la nuit, j'avais fait quelques ajustements à mon discours. J'avais voulu y mettre un peu plus de ma personnalité, un peu plus de sincérité. Mais je savais que certains ministres, notamment le Premier ministre, n'en seraient pas trop ravis.
Je redoutais déjà une petite remontrance discrète, mais je devais rester fidèle à moi-même.
Je me levai, la main toujours serrée dans celle d'Édouard, et m'avançai vers le pupitre.
«Sire, Majesté, chers invités, Mesdames et Messieurs,
Je suis heureuse de fêter ici avec vous mon 30e anniversaire. Ce moment restera à jamais gravé dans ma mémoire, en particulier parce que c'est le dernier que je vis en tant qu'insouciante princesse héritière.
je me tiens devant vous avec gratitude, humilité et un cœur empli d'émotion. Trente années se sont écoulées depuis ma naissance, et chaque instant — joyeux, douloureux, ou incertain — a contribué à forger la femme, la princesse et l'être humain que je suis devenue.
Être née avec une couronne n'a jamais signifié que le chemin serait facile. Les responsabilités, les attentes, les devoirs… tout cela m'a souvent poussée à grandir plus vite que je ne l'aurais voulu. Mais c'est aussi cette vie qui m'a appris la valeur du service, la puissance de la compassion, et la beauté du courage discret.
À 30 ans, je ne cherche plus à plaire à tous, mais à être juste. Je ne cours plus après la perfection, mais après la paix — pour moi, pour mon peuple, pour ceux que j'aime.
Ces 30 années ont été remplies de nombreux moments enrichissants qui ont fait de moi la personne que je suis aujourd'hui. Un moment de réflexion pour tout ce que la vie m'a apporté et les chances qui m'ont été donné cela m'inspire beaucoup de gratitude.
Je pense évidemment d'abord à ma famille qui a toujours été là pour me soutenir et m'encourager. Nous formons une équipe formidable, aussi avec mon frère Michael. Merci à toi, maman, pour ta disponibilité et ton écoute. Merci à toi, papa, pour ta confiance. Je sais que je pourrai toujours compter sur toi.
Je voudrais remercier mon mari. Merci à toi, Edward, pour ton amour et ton soutien.
Je suis touchée aussi de la présence des orphelins du centre d'accueil Princesse Isabella inauguré récemment et avec lequel j'ai noué un lien particulier.
Vous les jeunes qui, comme moi, fêtez vos 30 ans cette année, je vous remercie pour les beaux messages que vous venez de prononcer et pour les nombreux autres témoignages que j'ai reçus. Ils sont remplis de lucidité et de sagesse. Je partage vos préoccupations pour l'avenir, en particulier pour le climat, et la réponse solidaire que nous devons y apporter. J'ai foi dans l'avenir en voyant combien ma génération s'y implique. Je suis portée par les mêmes espoirs et la même volonté de faire la différence.
Je promets de me battre pour l'égalité des femmes. Parce qu'au 21e siècle, il est temps que nous obtenions les mêmes droits que les hommes. Mon premier geste sera de demander à la chambre d'abolir la loi qui oblige à une princesse héritière de se marier pour régner.
Je ne regrette pas pour autant de m'être mariée, car j'ai trouvé en mon époux, un homme que j'aime tout autant qu'il m'aime et qui m'apporte le soutien indéfectible dont une future reine a besoin.
Trente ans, ce n'est pas un aboutissement. C'est un nouveau départ. J'entre dans cette nouvelle décennie avec l'intention d'aimer plus fort, de servir avec davantage de sagesse, et de vivre avec authenticité.
Devenir reine… C'est un cap que je m'apprête à passer avec optimisme. Je sais que j'ai encore tant à apprendre pendant ces mois qui reste avant de monter sur le trône. C'est à cela que je veux m'atteler quand je prendrai la relève de mon père : essayer de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et contribuer à l'améliorer, en donnant le meilleur de moi-même.
Le pays peut compter sur mon engagement.
À vous tous qui êtes ici ce soir, et à ceux que je porte dans mon cœur : merci.»
Lorsque je quittai le pupitre, un silence chargé d'attention flottait encore dans la salle. Les regards étaient braqués sur moi, certains admiratifs, d'autres plus réservés. Je sentis des applaudissements polis, mais pas l'enthousiasme débordant que j'avais espéré.
Je revins m'asseoir auprès d'Edward, dont la main serra la mienne plus fort, comme pour me rassurer. Autour de nous, les murmures commencèrent, les invités échangeant à voix basse leurs impressions.
Je remarquai tout de suite l'expression de M. De Wever, le Premier ministre. Il ne cachait pas son mécontentement. Son visage était fermé, ses lèvres pincées, et son regard lançait de petites éclairs vers les ministres proches de lui.
Quelques instants plus tard, il s'éclipsa rapidement, visiblement pour parler en privé avec un conseiller. J'entendis vaguement quelques mots, des soupirs.
Je sus sans peine que mes modifications n'étaient pas passées inaperçues, et qu'elles avaient froissé certains dans l'entourage politique. Ce n'était pas une surprise, mais la réalité de devoir naviguer entre sincérité et diplomatie me pesait soudainement plus lourdement.
Pourtant, malgré cette petite tension, plusieurs invités vinrent me féliciter chaleureusement, y compris certains députés d'opposition, ce qui me réconforta un peu.
Mon époux, lui, posa doucement une main sur ma joue.
— Tu as été parfaite, me rassura-t-il. Peu importe ce que pensent les autres.
Ses mots me firent sourire, et je sus que je devais garder confiance.
Le soleil brillait généreusement dans le ciel d'un bleu limpide, une bénédiction rare pour un 13 septembre. Dans les jardins du Palais Royal, les invités s'étaient dispersés autour des tables élégamment dressées, entourées de parterres de fleurs aux couleurs éclatantes.
Je suivis Edward à travers la foule, cherchant un moment d'intimité malgré le tumulte. Nous trouvâmes un coin un peu à l'écart, près d'un bosquet où quelques papillons dansaient au-dessus des fleurs.
Il me regarda, son sourire calme et rassurant.
— Alors, ce discours... Tu as senti cette tension ? me demanda-t-il.
Je hochai la tête, serrant doucement sa main.
— Oui, répondis-je. Le Premier ministre n'a pas vraiment caché son mécontentement. Je savais que mes changements ne passeraient pas inaperçus, mais c'est différent de le voir en vrai.
Edward fronça légèrement les sourcils.
— Tu as été fidèle à toi-même. C'est ce qui compte. Le reste, c'est politique. Tu ne peux pas plaire à tout le monde, surtout pas là-dedans.
Je souris, un peu apaisée par sa présence.
— C'est juste que parfois, j'aimerais que tout soit plus simple, protestai-je.
Il posa sa main sur ma joue, un geste tendre.
— Avec toi, rien n'est jamais simple, mais c'est ce qui rend tout ça important.
Je pris une profonde inspiration, le poids sur mes épaules s'allégeant un peu.
— Merci mon prince… toujours aussi charmant.
Il rit doucement et m'embrassa tendrement avec discrétion.
— Toujours, ajouta mon homme.
Le soir était enfin arrivé, apportant avec lui une douce excitation. Dans ma chambre au Palais Royal, je me préparais pour le bal donné en mon honneur. J'avais hâte, mais aussi un peu de trac.
Devant le miroir, je laissai mes mains glisser sur la longue robe bleu royal que j'enfilais avec soin. Le tissu épousait mes courbes à la manière d'une sirène, élégamment sans manches. Le haut brodé capturait la lumière avec délicatesse, tandis que le décolleté en V révélait juste ce qu'il fallait.
À mes pieds, mes escarpins Dolce & Gabbana en dentelle bleue, venaient compléter la tenue avec raffinement.
Je déposai la tiare de ma mère, ornée de feuilles de laurier en argent, sur mes cheveux relevés en un chignon sophistiqué. Ma parure de bijoux argentée, sertie de pierres bleues, scintillait à la lumière des lustres.
Mon mari entra à ce moment-là, vêtu d'un costume bleu assorti au mien. Son sourire me fit instantanément oublier toute appréhension.
— Tu es magnifique, me murmura-t-il en s'approchant.
Je lui rendis son sourire, le cœur léger.
— Et toi, tu es parfait.
Main dans la main, nous quittâmes la chambre pour rejoindre la salle du bal, prêts à célébrer cette soirée mémorable.
Alors qu'Edward et moi dansions doucement, Alice s'approcha, un sourire malicieux aux lèvres.
— Bella, tu ne me caches pas quelque chose, hein ? demanda-t-elle en chuchotant.
Je plissai les yeux, surprise.
— Quoi donc ?
Elle pencha la tête, amusée.
— Je te soupçonne d'avoir un petit pain au four*, souffla ma belle-sœur.
Je secouai la tête en riant doucement.
— Non, pas encore. Ce serait trop tôt. Je veux attendre un peu. J'ai juste prétendu être fatiguée pour éviter de danser avec tout le monde, et… pour ne pas provoquer la jalousie de ton frère.
Elle hocha la tête, complice.
— La jalousie, ça peut être un bon signe, tu sais.
Je soupirai, fatiguée.
— Cette journée a été intense. Avec toutes les nouvelles responsabilités que Papa m'a confiées depuis mon retour de voyage de noces, je suis un peu épuisée.
Alice me sourit, posant une main sur mon bras.
— Et vous, toi et Jasper, vous pensez à avoir un enfant ? lui demandai-je alors.
Je la regardai avec curiosité.
— On essaie, répondit-elle en haussant les épaules. Mais il n'y a pas de pression, pas encore. On prend notre temps.
Je souris, réconfortée par sa réponse.
— C'est bien ce que je disais.
La réception touchait enfin à sa fin. Les invités s'étaient peu à peu retirés, les couloirs du Palais Royal retrouvaient leur calme habituel.
Mais moi, j'étais à bout de forces. La fatigue accumulée de la journée pesait lourdement sur mes épaules.
Edward m'attrapa doucement par le bras, me soutenant avec douceur.
— Viens, je vais t'aider, murmura-t-il.
Je m'abandonnai à son soutien, presque incapable de marcher seule. Il me guida hors du palais, jusqu'à la voiture qui nous attendait.
Une fois au château du Belvédère, il me porta presque jusqu'à notre chambre. Sans dire un mot, il commença à me délier des escarpins Dolce & Gabbana, tandis que je sombrais lentement dans un demi-sommeil.
Ses mains expertes dénouèrent les fermetures éclair de ma robe sirène, la faisant glisser délicatement de mon corps.
Il me passa ensuite un tee-shirt doux et ample, parfait pour la nuit.
Je sentis ses bras m'enlacer, m'apportant chaleur et réconfort.
Le sommeil m'emporta doucement, profonde et apaisée, bercée par la présence d'Edward.
***LATRP***
*un petit pain au four est la traduction littérale de"a bun in the oven" qui est l'équivalent en anglais de "un polichinelle dans le tiroir".

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