Juillet 2030
En prévision du bicentenaire qui approchait à grands pas, je dû passer du temps avec ma mère et ma garce de belle-sœur pour les préparatifs de la fête.
La femme de mon frère se comportait de manière désagréable à chaque fois que nous étions seules, jamais en présence d'un membre de la famille ou d'un garde. Elle cachait bien son jeu en public.
Je méprisais cette bonne femme détestable et regrettai que Michael l'ait épousée. Par conséquent, il était hors de question que j'abandonne le trône à sa faveur et laisser cette ignoble mégère devenir reine. A eux deux, ils feraient sans doute couler le pays en un rien de temps. Dussè-je accepter un mariage arrangé et sans amour, j'étais prête à me sacrifier pour épargner le peuple belge.
*** LATP ***
Tandis qu'un jour, je passais devant le bureau de mon père au palais royal, j'entendis des voix s'élever et reconnu celle du roi et du Premier ministre qui était fort reconnaissable avec son accent flamand.
- Cette loi est totalement insensée, dit Charlie. Nous sommes au 21esiècle bon sang ! Comment peut-on encore exiger qu'une femme doive se marier ?!
- Sirrre, je peux comprendrrre , répliqua Monsieur De Wever. Mais c'est la loi et nous ne pouvons pas la changer.
- Et pourquoi pas ? demanda alors une voix féminine, celle de la reine.
Étonnamment, ma mère semblait me défendre, elle qui était si exigeante avec moi.
- Pourrr changer la constitution, nous devons dissoudrrre le parrrlement, annonça le Premier. Orrr, avec le bicentenairrre qui apprroche, nous ne pouvons pas nous perrmettrrre cette folie. Aucun ministrrre n'accepterarr de démissionner pour éviter à la duchesse de Brrabant de se marrrier, d'autant plus que vous avez un autrrre hérrritier.
- Vous laisseriez le prince Michael et la princesse Jessica régner sur la Belgique ? s'exclama mon père hors de lui. Vous leur remettriez les rênes du pays pour pouvoir garder le pouvoir?!
Je savais que cela ne se faisait pas d'écouter aux portes, mais ça me concernait, et j'étais exaspérée que le gouvernement fut prêt à permettre à la Belgique de sombrer, pour garder le pouvoir !
- Il n'y aura pas de reine qui règnera sur la Belgique et qui n'aurait pas convoler !s'opposa une quatrième voix que j'identifiai être celle du chef du Protocole. Inutile d'insister, Sire !
Espèce de vieux débris misogyne !pensai-je. De quoi se mêle-t-il celui-là ?!
- Nous donnons donc un an à la princesse pour se trouver un mari, ajouta-t-il. Cela devrait être un délai raisonnable. Une femme ne peut régner sans s'adjoindre un mari.
Ce macho gâteux vivait encore au siècle dernier, ou peut-être même au Moyen-Âge.
- La reine Elizabeth le fait bien depuis plusieurs mois ! se plaignit Renée. Pourquoi vouloir presser Isabella à se marier ?
- La reine Elizabeth n'était pas célibataire lorsqu'elle est montée sur le trône de Grande-Bretagne. Elle avait acquis suffisamment d'expériences. De plus, elle peut compter sur le prince de Galles et puis sa santé décline, elle ne règnera plus pour très longtemps, je pense.
Cette dernière information m'étonna beaucoup, sachant qu'elle avait accepté notre invitation pour les fêtes du Bicentenaire. Elle serait néanmoins accompagnée de son fils et de sa belle-fille, mais pas d'Edward, à mon grand désarrois.
Je m'éloignai en tapant du pied, ne prenant pas la peine d'éviter de faire du bruit et donc de faire entendre ma présence. Je partis tellement vite, que personne ne se douterais que c'était moi.
*** LATP ***
Deux jours avant les célébrations, les chefs d'états arrivèrent, avec dans le lot la souveraine britannique. Etant d'un rang inférieur à elle, je fis la révérence, comme l'exigeait le protocole anglais. Ensuite nous nous serrâmes la main. Pendant que ma mère emmena sa cousine pour discuter au salon et que mon frère s'entretint avec le prince Carlisle, j'accompagnai la grand-mère de mon amie dans les jardins du domaine. Marchant difficilement et devant se tenir avec une canne, je la conduisis avec une petite voiturette jusqu'aux serres qui se trouvaient à plus de700 m, autant dire un long parcours, pour ses jambes diminuées.
Bien qu'elle ne montrait jamais de faiblesse, je pouvais constater qu'elle se fragilisait.
- Vos fleurs sont magnifiques ! me dit-elle dans un français parfait.
- Merci Votre Majesté, répondis-je. Nous en sommes effectivement fiers. Mais je dois dire que vos jardins étaient splendides à la Garden party.
- Le Palais engage les meilleurs horticulteurs du royaume, j'aime que mes jardins soient bien fleuris à cette saison. Il m'arrive également de les entretenir moi-même, mais moins souvent à présent.
Je pouvais voir dans son regard une certaine nostalgie de ne plus pouvoir faire ce qu'elle aimait comme avant.
À ma grande joie, Edward arriva le matin du jubilé pour rejoindre ses parents et sa grand-mère à Bruxelles.
Étrangement, il se comporta avec moi en vrai gentleman, comme s'il avait oublié ce qui s'était passé il y a un mois. Même lorsque nous n'étions que nous deux, il restait un prince charmant.
Les fêtes commencèrent avec une parade de la famille assise dans des carrosses, accompagnée de certains de nos invités royaux. J'étais installée face à Edward, lui-même à côté de son aïeule. Nous nous jetâmes des regards discrets, essayant d'éviter de se faire remarquer par Granny.
Si elle avait remarqué quelque chose, elle n'en parla pas, en tous cas pas devant moi.
Lorsque nous passâmes devant un groupe d'enfants, je fus attirée par une petite fille qui pleurait, entourée de garçons qui semblaient la tourmenter. Cela éveilla mon attention et je demandai à la voiture de stopper. Je passai outre le regard dédaigneux que me lança Elizabeth et descendis les rejoindre, sous les cris de joie de la foule.
- Que se passe-t-il ici ? grondai-je gentiment les chamailleurs.
- Ils tirent sur mes nattes, se plaignit la petite. Ça fait mal !
- Comment t'appelles-tu ? lui demandai-je. Tu as quel âge ?
- Lucie, j'ai 5 ans ! répondit-elle enjouée, comptant sur ses doigts.
- Ce sont tes frères qui t'embêtent ? où sont tes parents ?
- Ce sont des orphelins Votre Altesse, m'interpella discrètement un adulte.
- Oh ! désolée, m'excusai-je gênée. Je l'ignorais.
Soudain, une idée me traversa l'esprit. Je décidai de les emmener avec moi défiler dans la parade au milieu des carrosses. Trop accaparés par les regards et les applaudissements, les enfants arrêteraient de se charrier les uns les autres. Ce qui fonctionna à merveille.
Une fois arrivée devant l'estrade, je remarquai que des ministres ne semblaient pas ravis de me voir rompre le protocole, mais je voulais leur montrer que j'étais déterminée à m'investir et capable de le faire seule. J'allais m'assoir avec le reste de ma famille et nos invités, afin de suivre le reste du défilé.
*** LATP ***
Plus tard dans la journée, j'allai dans les jardins pour m'entrainer à tirer une flèche dans un anneau. Je devais le refaire devant un public à la nuit tombée, pour déclencher l'immense feu d'artifices.
Je me ratais à chaque essai, jusqu'à ce que je sente une main se poser sur mon bras et son souffle à mon oreille. Un frisson me parcourut à travers tout le corps.
- Laisse-toi aller, me souffla Edward. Lève un peu ton coude et place ta main qui tient la flèche à hauteur de tes lèvres, comme si tu allais les effleurer. La flèche atteignit la cible.
- Bravo Votre Altesse !m'applaudit mon coach de tir à l'arc.
- Merci, murmurai-je pour que seul lui entende.
- C'est un plaisir, me répondit-il avec son fameux sourire en coin séduisant.
En fin de journée, je dus traverser la cour du palais à cheval, assise en amazone et avancer jusqu'à mon emplacement pour tirer.
Je descendis de ma monture et attrapai l'arc qu'on me tendit. Je me remémorai les gestes que mon prince charmant m'avait montré plus tôt et j'accomplis à nouveau ma tâche à la perfection. Je me retournai ensuite, cherchant mon sauveur des yeux. Quand je le trouvai, je vis qu'il me regardait avec de grands yeux qui brillaient dans la pénombre, il paraissait en admiration.
Les premières fusées furent lancées dans le ciel, excitant mon cheval. Je l'emmenais en vitesse aux écuries, voulant lui épargner plus de peur qu'il n'en éprouvait déjà.
Je rentrai ensuite dans une pièce du palais afin de me changer discrètement pour le bal.
Pour l'occasion, j'avais troqué ma courte robe rouge et mon bibi de ce matin, contre une robe de soirée plus longue avec une tiare et bijoux assortis de rubis.
Pendant la soirée, Edward m'invita à danser, sans me laisser en plan cette fois.
La fête terminée, tout le monde repartit et nous rentrâmes avec nos invités à Laeken.
Alors que je me dirigeais vers mes appartements, un bras m'attrapa et je fus coincée contre le mur du couloir. Dans l'obscurité, je distinguais pleinement son regard émeraude. Je fondis sur ses lèvres et nous nous lançâmes dans une étreinte passionnée, jusqu'à ce que nous fûmes à bout de souffle.
Lorsqu'il me relâcha, je gémis, contrariée par la soudaine absence de son corps contre le mien. J'avais trop besoin qu'il m'étreigne à nouveau dans ses bras.
- Cette fois, tu ne peux pas nier que ça t'a plu, blagua-t-il.
- Petit prétentieux !dis-je à voix basse.
- Je t'assure qu'il n'y a rien de petit chez moi !assura-t-il d'un sourire en coin.
- Il est tard, va dormir !grommelai-je.
- Seulement si je peux dormir avec toi !
- Pas ici !répliquai-je et repartis seule vers ma chambre.
*** LATP ***
Le lendemain, alors que je me rendais faire un tour à l'extérieur afin de prendre l'air, j'entendis une mélodie provenant du piano qui se trouvait au sous-sol.
Je descendis et découvris Edward jouant sur l'instrument une composition que je ne reconnaissais pas. Je m'avançais furtivement dans la pièce et alla m'asseoir à ses côtés.
La musique d'abord douce, s'accéléra violement pour finir sur des notes plus délicates
- C'est magnifique, lui dis-je alors qu'il cessa de jouer. C'est de qui ?
- Merci, répondit-il. C'est de moi.
- Oh, tu composes ? m'étonnai-je alors.
- Ça m'arrive, quand je suis bien inspiré !
- Tu devais être très inspiré dans ce cas ! Qu'est-ce que c'était ?
- Ça m'est venu cette nuit. J'avais envie de voir ce que ça donnait au piano.
- J'allais dehors profiter du soleil, tu m'accompagnes ? lui proposai-je.
- Avec plaisir, dit-il en se levant.
Nous remontâmes à l'étage et sortîmes faire le tour du château. Après quelques minutes de marche main dans la main, nous nous assîmes dans un coin d'herbe au pied d'un arbre, entourés de fleurs estivales, le tout baigné par la lumière de l'astre diurne.
Je posai ma tête sur son épaule et nous parlâmes de tout et de rien. Il me raconta ses années passées en Californie et moi, celles que j'avais passées à Oxford avec sa sœur.
Nous découvrîmes que nous étions tous deux invités au même gala de charité qui avait lieu à Paris le mois prochain. Nous nous réjouîmes donc à l'avance de pouvoir nous revoir aussi rapidement.
La joie qui m'avait envahie en pensant que nous allions enfin pouvoir passer du temps ensemble, dans un endroit neutre, fut vite ternie par l'annonce du départ d'Elizabeth.
Esmée et Carlisle saluèrent mes parents, puis vinrent m'enlacer chacun à leur tour, m'invitant à venir à Londres quand je le désirais. Edward vint m'embrasser délicatement le front, m'enlaçant contre lui, sous le regard froid et dénigreur de sa grand-mère, devant laquelle je m'inclinai ensuite.
Après leur départ, je cavalai vers ma chambre et me rua sur mon lit en soupirant d'aise.
J'avais hâte d'être à Paris avec lui. Ce serait l'occasion pour nous d'aller plus loin, avant de pouvoir passer définitivement à autre chose. Car malheureusement, j'avais pu déceler dans les yeux de la reine britannique, qu'elle n'approuvait pas que nous soyons aussi proches lui et moi.
Il était donc peu probable que nous puissions développer notre relation en public. Pourtant, une chose était certaine, c'est que j'étais follement et irrévocablement amoureuse du prince Edward.
*** LATP ***

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