mercredi 19 février 2025

Chapitre 7 : Garden Party


 Juin - juillet 2030

J'ouvris les yeux et une lumière m'aveugla, provoquant un monstrueux maux de tête.

Je me souvins alors de la nuit précédente et compris que la migraine qui m'envahissait n'était pas seulement due au soleil qui pénétrait dans ma chambre, mais aussi à tous les Pimm's*(1) que j'avais ingurgités pendant la soirée.

Alors que la réception avait si bien commencé, cela s'envenima lorsqu'Edward me demanda froidement quelle était ma relation avec le prince Nahuel, ce que j'avais refusé de commenter.

J'avais vu, en arrivant à l'aéroport, ma photo en couverture de certains tabloïds anglais. J'envisageais que le frère de mon amie avait surement dû en voir passer un et qu'il imaginait que ce qu'il y avait lu pouvait être fondé. Mais je n'avais pas voulu le démentir, lui laissant croire ce qu'il pensait.

Ce fut probablement une erreur, car il s'emporta, m'abandonnant une fois de plus sur la piste de danse. Le pire se passa moins d'une heure plus tard, lorsque je le vis danser avec cette superbe jeune blonde russe. Je savais qu'il avait déjà fréquenté les deux sœurs de celle-ci, pourquoi pas la troisième. S'il avait voulu me rendre jalouse, cela fonctionna parfaitement mais pas comme il l'aurait sans doute souhaité. Au lieu de lui faire une scène et lui donner ce qu'il voulait, j'étais allée m'assoir au bar et avait passé le reste du bal à boire, jusqu'à ce qu'Alice et Jasper m'arrêtèrent et me ramenèrent à Kensington. J'étais tellement mal que j'avais juste enlevé ma robe et les accessoires, puis m'étais allongée sur le lit sans fermer les tentures.

- Votre Altesse, êtes-vous réveillée ?me demanda une voix derrière la porte.

- Deux minutes, répondis-je, me levant en vitesse pour revêtir quelque chose par-dessus mes sous-vêtements. Vous pouvez entrer, dis-je ensuite.

- Lady Whitlock m'envoie vous apporter votre petit-déjeuner, m'annonça l'employée qui entra avec un plateau. Elle a aussi suggéré que vous auriez besoin d'un remède contre la migraine, ajouta-t-elle en me montrant une boite de paracétamol et un grand verre d'eau.

- Dites à Madame Whitlock que c'est un ange et que je la remercie.

Elle me fit un signe de tête pour approuver et repartit en souriant.

J'avalais 2 comprimés avec l'eau et me dépêchai à manger mon fastueux repas. Dès que j'eus terminé, j'enfilai une robe rose estivale et pris un chapeau. Le soleil tapait déjà sur Londres.

Je sortis dans les jardins du palais pour prendre l'air, dans l'espoir que ça atténuerait mes céphalées.

- Isabella ! Bonjour, entendis-je son doux ténor derrière moi. Puis-je vous parler ?

- Après votre comportement d'hier, je n'en ai pas trop envie, lui répondis-je.

Je savais que c'était un peu puéril de ma part de refuser ses explications, mais je voulais le faire mariner à présent et qu'il regrette son comportement de la veille.

- Oh ne jouez pas les effarouchées, je sais que je vous plais ! me susurra-t-il.

- Vous vous méprenez, vous ne me plaisez pas, je vous exècre ! m'exclamais-je en lui donnant une tape sur le bras avec mon éventail.

- Votre comportement me fait plutôt penser que je vous fais de l'effet ! se flatta-t-il encore en tapotant à son tour mon épaule avec son journal.

- On ne vous a jamais dit qu'on ne frappe pas une femme ! m'énervai-je.

- Je ne vous ai pas frapper et c'est vous qui avez commencé !

- Si vous le dites, répliquai-je en m'éloignant.

- Pas si vite, m'attrapa Edward.

Il se jeta alors sur mes lèvres et força sa langue dans ma bouche pour venir caresser la mienne. Ce fut si bon que je l'attirai plus près de moi et que ma jambe droite se leva comme une pin-up.

Puis soudain, je me rappelai que je ne voulais pas qu'il sache qu'il me plaisait vraiment. Je le repoussai donc, prétendant que je n'avais pas aimé.

- Non, mais qu'est-ce que vous faites enfin ?! m'exclamais-je. Qu'est-ce qui vous prend, c'est quoi cette façon d'embrasser une femme sans sa permission !

- Pourtant j'ai bien senti que tu avais aimé.

- Mais non… mais quoi… mais pas du tout ! bégayai-je.

Honteuse d'avoir été découverte, je tentai de m'enfuir mais il me rattrapa quand j'atteignis la fontaine. Alors qu'il m'agrippa le bras, je voulus le récupérer mais il résista et m'attira vers lui. Je me débattis, ce qui nous fit tomber tous les deux dans le bassin d'eau.

- Bella, ne pars pas ! me supplia-t-il. Je n'ai qu'une idée, c'est de recommencer !

- Moi aussi j'ai une excellente idée ! répliquai-je. Remets ta tête sous l'eau et attends que j'aie compter jusqu'à un million !

- Ne te fâche pas comme ça, je sais que tu en as envie, toi aussi.

- Lâche-moi une fois pour toute !

Je sortis de l'eau, trempée jusqu'aux os et regagnai ma chambre pour me changer.

- Bella !m'interpela Angela. Tu as voulu nager dans la Serpentine*(2) tout habillée ?!

- Non, grognai-je. Je suis tombée dans la fontaine au milieu des jardins.

- Tu vas me raconter tout ça ! s'excita mon amie.

- Tu fréquentes trop souvent Alice, rouspétai-je. Elle déteint sur toi. Il faut que je me change, alors si tu veux tout savoir, suis-moi dans ma chambre.

Entrées dans ma suite, mon ex-colocataire alla s'asseoir sur mon lit qui avait été refait, tandis que je me dirigeai vers la salle de bain privative. J'enlevai ma robe et mes dessous, jetai le chapeau à terre, je pris la plus grande serviette que je trouvai et l'enroulai autour de moi. Je retournai dans la chambre où Angie m'attendait, puis allai fouiller dans ma valise pour trouver une autre robe à mettre. J'optai pour une tenue plus longue, avec des manches et d'une couleur plus sobre, bleu pâle, avec le chapeau assorti. Un couvre-chef était toujours de rigueur pour les évènements royaux en Grande-Bretagne. Heureusement que j'avais pensé à prendre des toilettes supplémentaires.

- Alors ? j'attends, raconte ! lâcha ma meilleure copine.

- Edward m'a poussé dans l'eau ! lâchai-je.

- Quoi ?! mais pourquoi ? comment est-ce arrivé ? s'étonna-t-elle.

- Il m'a embrassée, je l'ai repoussé, il a voulu m'attraper et on est tombé ! déclamai-je aussi vite qu'une mitraillette et sentant mes joues s'enflammer sous l'embarrassement.

- Il t'a quoi ?!

- Il m'a embrassée, articulai-je toujours aussi gênée.

- Et vu tes joues rouges, je suis presque sure que tu as aimé ! me dit mon amie.

- Mais non ! mentis-je. De toute façon, ça ne peut pas aller plus loin !

- Et pourquoi pas ?

- La reine n'acceptera probablement pas qu'il se marie avec une future reine et catholique de surcroit !

- Qui te parle de mariage ?demanda Angela. Ce serait juste passer du bon temps ensemble.

- Angie, il faut que je t'avoue une chose. Seuls mes parents sont au courant.

Je lui racontai donc tout : la loi qui exigeait qu'une reine soit mariée avant de monter sur le trône, de l'envie de ma mère de me caser au plus vite, de mon béguin pour Edward qui était né dès que j'avais posé mes yeux sur lui la première fois que je le vis et de ce qui venait de se passer quelques minutes auparavant avec ce dernier.

- Il vaut mieux ne rien dire à Alice, dit-elle alors. Ça risque de la rendre folle !

- Je sais qu'elle voudrait me voir avec lui, même si ça n'arriverait pas.

Nous terminâmes notre discussion, puis Angie repartit pour que je puisse m'habiller.

Je rejoignis ensuite mes amies pour nous rendre à Buckingham, où se tenait une Garden party dans les jardins de la résidence de la reine, en l'honneur des 30 ans de son petit-fils.

Lorsque je descendis de la voiture, j'aperçus l'invité d'honneur arriver dans un costume 3 pièces aux couleurs différentes, une longue veste en queue de pie et un chapeau haut de forme. Même dans une tenue que je trouvais un peu démodée, il restait séduisant.

Nous pénétrâmes en même temps dans le jardin, évitant de croiser nos regards et affichant un sourire hypocrite, pour éviter de montrer notre gêne réciproque à nous revoir.

Je me remémorai notre baiser de ce matin et je sentis mes joues rougir et mon rictus se transformer en un sourire plus sincère, que je tentai de cacher derrière un éventail.

- C'est pour quoi ou pour qui ce sourire ? me demanda une Alice émoustillée.

- Rien d'intéressant, prétendis-je. Juste un bon souvenir qui me revient en mémoire.

- Il devait alors être très bon pour que tu souris jusqu'aux oreilles.

Je haussais des épaules, refusant de lui dire quoi que ce soit, ce qui était difficile, car je ne lui cachais pas grand-chose en temps normal. Mais je ne pouvais pas lui raconter ce qui s'était passer plus tôt.

Quelques jours plus tard, alors que nous profitions du beau temps et du terrain derrière les jardins de Buckingham pour jouer au tennis, mon amie me posa les questions que je redoutais.

- Comment ça se passe avec mon crétin de frère ?me demanda-t-elle.

- Il ne se passe rien, répondis-je simplement.

- Oh ! Je croyais qu'il te plaisait, ce n'est plus le cas ? qu'est-ce qu'il a encore fait ?

- Rien, mentis-je. Nous nous évitons, c'est tout.

- Est-ce qu'il y aurait, en fait, quelque chose entre toi et ce prince espagnol ?

- Il ne se passe rien, ni avec Edward, ni avec Nahuel ! m'exclamai-je exaspérée.

Elle cessa alors enfin ses questions et nous pûmes jouer tranquillement encore une heure.

Une semaine après le bal d'anniversaire, le tournoi de Wimbledon commença avec un match entre un joueur anglais et un Belge. Nous y assistâmes Alice, Angie et moi, profitant d'une après-midi entre filles, sans les affres du protocole britannique.

Mes parents me demandèrent de profiter de ma présence prolongée à Londres, pour soutenir notre compatriote qui s'était qualifié pour la finale du Grand Chelem anglais.

Pendant tout le reste du séjour, Edward m'esquiva à chaque fois que nous nous croisions. Une fois de plus, j'allais rentrée à Bruxelles frustrée, mais ce serait un peu ma faute.

Je rentrai en Belgique, sans avoir pu concrétiser mon plan de séduire de duc de Sussex.

Dans moins de 3 semaines, aurait lieu le bicentenaire de l'indépendance du pays. Pour l'occasion, mes parents souhaitaient réunir plusieurs chefs d'états pour fêter l'évènement.

Je leur suggérai donc d'envoyer une invitation à nos cousins de l'autre côté de la Manche, espérant que la reine viendrait accompagnée de son petit-fils favori et remémorant à ma mère, que ce serait l'occasion de peut-être revoir sa cousine, au cas où le prince et la princesse de Galles accompagneraient sa Majesté pour célébrer nos 200 ans d'existence.

Plus tard dans la journée, ma mère m'accosta dans les couloirs du palais.

- Tu n'aurais pas quelque chose à me dire ? me demanda Renée narquoisement.

- Te dire quoi ? feignis-je, prétendant ne pas comprendre ce qu'elle voulait savoir.

- Je sais que tu as dansé avec Edward à son anniversaire et que ce n'était pas la première fois, m'annonça-t-elle. Se passerait-il quoi que ce soit entre vous ?

- Absolument pas, il est trop arrogant, prétendis-je faussement, mais c'était vrai.

- Tu deviens toute rouge ! Tu sais que tu n'as jamais su me mentir Bella !

- Je ne mentais pas vraiment. Il n'y a rien. Il m'a juste embrassée par provocation, mais il ne se passe et ne se passera jamais rien !

- Pourquoi ça ? s'étonna ma mère encore plus enjouée.

- La reine, elle est connue pour être dure. Jamais elle n'acceptera que son petit-fils préféré épouse une future reine et une catholique de surcroit !

- Mais Esmée …

- N'était pas une future reine, l'interrompis-je. Et donc elle a pu se convertir !

Sur ce, elle comprit qu'elle n'aurait pas le dernier mot et repartit vers ses appartements.

- Même si Sa Majesté acceptait, qui te dit qu'Edward veut de toi ?! entendis-je dire une voix nasillarde derrière mon dos.

Je me retournai et vis ma belle-sœur sortir de ce qui avait dû être sa cachette.

- On écoute aux portes? quelle belle manière pour une princesse ! ironisai-je. Ne devrais-tu pas plutôt être de l'autre côté du parc?

- Je ne serai pas toujours princesse, dit-elle avec sérieux, me toisant du bout de son nez. Et j'ai le droit d'aller où je veux!

- Si tu crois que tu seras reine, tu te mets le doigt dans l'œil et il faudra me passer sur le corps !

- Pas besoin, il suffit d'attendre ton 30eanniversaire. On sait tous que tu ne seras jamais mariée d'ici là ! déclara Jessica avec un rictus affreux.

Comment pouvait-elle savoir ça ? Seuls mes parents étaient censés être au courant.

- Tu devrais savoir que ton frère est très bavard, ajouta-elle ensuite, s'éloignant.

Même Mike ne devait pas connaitre cette condition à mon accession au trône, alors comment avait-elle pu l'apprendre ? À moins que ma mère n'eût pas pu tenir sa langue et qu'elle avait tout confié à son fils adoré. Mais je ne laisserais pas cette mijaurée prendre ma place !

*** LATP ***

* (1) cocktail fruité estival servi dans les soirées huppées en Angleterre.

* (2) la Serpentine est le lac artificiel qui sépare Kensington Gardens de Hyde Park, le grand parc de Londres.

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Épilogue : 20 ans + tard

Vingt-et-un ans déjà que je prêtai serment devant la Nation. Vingt-et-un ans que je devins Reine des Belges. C’était presque irréel, parfois...