Aout - septembre 2030
[PDV Edward]
Le moment que nous redoutions depuis le début du weekend arriva trop vite à mon gout.
Une voiture nous conduisit à la gare du Nord. Je l'accompagnai vers le quai du TGV pour Bruxelles et lui dit au revoir, la serrant fort contre moi. Elle me manquait déjà.
Je me dirigeai ensuite vers la plate-forme de l'Eurostar et embarquai dans le tgv qui me ramenait à Londres, où je ne resterais qu'un jour ou deux, avant de rejoindre mes parents et ma grand-mère qui passaient leurs vacances d'été au château de Balmoral, en Ecosse. Une région que nous affectionnions particulièrement, et tout spécialement la reine.
Dès que le train quitta la gare de Paris, je sentis une larme couler le long de ma joue. Jamais je n'avais pleuré pour une fille auparavant. Mais une profonde affection s'était créée pendant cet interlude.
Jamais pendant les trente ans de ma vie je n'avais ressenti ça auparavant. Je ne pouvais même pas nommer le sentiment que j'éprouvais en ce moment, mais c'était un changement d'âme profond. Cette émotion me submergea et je pris une grande inspiration, regardant le paysage défiler à 300 km/h, incapable d'accepter ce qu'était cette sensation, celle qui attendait de me consumer.
Je clignai des yeux pour éviter que plus larmes que je sentais encore monter.
Quelle sorte d'homme cela faisait-il de moi, quand après seulement un weekend avec cette femme, je ressentais plus que ce que je n'avais jamais ressenti avec une autre ?
Je ne pouvais plus le nier, elle était vraiment belle. J'avais eu tort d'essayer de me convaincre du contraire. Bella était douce dans sa beauté, en ce sens que plus on apprenait à la connaitre, plus on entendait cet esprit doux et ce cœur aimable - plus on réalisait à quel point elle était vraiment belle aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur. Sa beauté rayonnait à partir du cœur de ce qu'elle était, et c'était sacrément envoûtant.
Je n'avais jamais connu quelqu'un comme elle.
Je tentai de me ressaisir avant d'arriver à St-Pancras où Alice m'attendrait.
Quand je sortis du terminal, flanqué de l'agent de sécurité assigné par Granny, je vis ma sœur accompagnée par son mari. Avec Jasper à ses côtés, Alice n'avait besoin d'aucun garde du corps.
Depuis qu'ils avaient emménagé à Frogmore Cottage, une résidence à Windsor offerte à leur mariage, je ne les voyais plus aussi souvent qu'autrefois et mon lutin préféré me manquait.
- Eddy-chou, tu m'as manqué !chanta ma petite-sœur en m'écrasant entre ses petits bras.
- Mary Alice ! l'appelai-je, à son grand désenchantement. Elle n'aimait pas son nom complet.
- Edward !me salua mon beau-frère.
- Alors, me questionna la naine. Comment ça s'est passé à Paris ? Tu as revu Bella ?
- Peut-on attendre d'être à Kensington pour en parler, lui chuchotai-je, en désignant de la tête discrètement, l'homme de main qui me suivait depuis mon départ pour la France.
- C'est qui celui-là ? s'étonna-t-elle alors.
- Je t'expliquerai quand on sera arrivés, lui répondis-je.
Arrivés à Nottingham Cottage, la maison située à Kensington que j'occupais, je fus enfin soulagé de voir mon "ombre" me délaisser pour repartir probablement à Buckingham Palace.
Ma sœur et mon beau-frère me suivirent dans mes appartements et s'installèrent dans le salon, tandis que j'allai déposer ma valise dans ma chambre.
Je les rejoignis ensuite dans la pièce de vie, où Alice avait déjà fait préparer le thé.
- Alors tu lâches le morceau ? me supplia le gnome.
- À propos de l'homme qui me suivait ? Demande à Granny !
- Granny ?s'étonna-t-elle. Qu'est-ce qu'elle a à voir dedans ?
- J'ai comme l'idée qu'elle a deviné pour Bella et moi, avouais-je. Et qu'elle essaie de l'empêcher ! J'ai dû mentir pour pouvoir passer du temps avec elle !
- Vous avez passé du temps ensemble alors ? demanda le lutin sournoisement.
- Je ne te donnerai pas les détaille Alice ! grondai-je.
- Mais pourquoi ?gémit ma sœur. De toute façon je lui demanderai à elle !
- Mary-Alice ! la sermonna son mari. Laisse-le tranquille, c'est indiscret !
- Merci Jasper l ouai-je celui-ci. Heureusement que tu es là pour la calmer !
- Tu ne serais pas en train de tomber amoureux ? remarqua Alice.
- Qu'est-ce qui te fait penser ça ? la questionnai-je abasourdi par sa réflexion.
- Tu ne veux rien dire ! tu sembles bien trop calme et mélancolique, je trouve.
- Je ne sais pas trop ce que je ressens en ce moment, lui confiai-je.
- Ça se voit comme le nez au milieu de ta figure ! Peut-être que si tu en parles à Granny, elle acceptera. Elle n'oserait quand même pas te priver d'être avec celle que tu aimes.
- Alice, tu vas trop loin ! la calmai-je. Je n'en suis pas encore là !
Notre conversation sur Bella, ou les sentiments que je pouvais avoir pour elle stoppèrent.
Quelques heures plus tard, ils prirent la route pour rentrer à Windsor et je retournai à ma chambre, où je vidai mes bagages pour la remplir à nouveau, cette fois de tenues plus adéquates pour l'Écosse.
*** LATRP ***
Deux jours plus tard, juste avant de prendre le train pour Aberdeen*1, je me réveillai tôt pour prendre le petit-déjeuner rapidement avant de me rendre à la gare.
Mon assistant personnel vin m'apporter une petite pile de tabloïds. Me rappelant de ce que j'y avais vu la dernière fois que j'en avais eu un sous les yeux, je redoutai ce que j'allai encore y lire.
À mon grand effarement, j'y découvris, en couverture, une photo de Bella et moi, sans doute prise à notre sortie de l'Opéra. Si ma grand-mère voyait ça, j'étais dans le pétrin !
Il me fallait trouver une excuse au cas où, à mon arrivée, elle me réclamait des explications.
J'ouvris le magazine pour y consulter l'article plus en détails et fus ahuri par ce que j'y lus.
Il était écrit que la princesse Belge devait se marier pour accéder au trône et que j'étais l'un de ses prétendants. Elle ne m'avait pas parler de cette condition à la succession de son père, mais peut-être n'avait-elle pas osé, ou alors elle se servait de moi, comme elle l'avait fait alors avec l'héritier espagnol, pour attirer un mari potentiel dans ses filets.
Elle devait savoir qu'il ne pouvait rien y avoir de plus entre nous. Alors pourquoi avait-elle accepté de passer non pas une mais deux nuits avec moi, si elle devait effectivement se trouver un fiancé.
Quelle que fût son histoire, cela allait entrainer de sérieuses complications avec la reine et il me fallait prendre mes distances envers la jeune femme avec qui j'avais passé le weekend à Paris.
Cette situation accapara tellement mon esprit, que je ne vis pas tout de suite les autres unes du quotidien. Notamment le fait que nous avions encore une nouvelle première ministre et la photo de mon grand-oncle Aro sur son lit d'hôpital. J'étais stupéfait que cela puisse avoir été possible de le photographier dans cet état, mais qu'en plus on avait laissé ce mensonge être publié.
*** LATRP ***
Deux heures plus tard, j'embarquai dans la locomotive qui allait me conduire de King's Cross*2 vers les régions du nord du pays. Durant les 7 heures que durèrent le trajet de Londres à Aberdeen, je ruminai ce que j'avais vus dans ce torchon public un peu plus tôt et à ce que j'allais dire à Sa Majesté.
C'est alors que je reçus un texto qui venait du secrétaire de la reine.
« À votre arrivée à Balmoral*3, veuillez-vous rendre au bureau de Sa Majesté la reine. Elle demande à s'entretenir avec vous dès que possible. »
Ce que je redoutai depuis le matin était surement arrivé : elle était tombée sur l'article qui parlait d'Isabella et moi et voulais alors avoir un éclaircissement sur le sujet.
Lorsque nous nous débarquâmes enfin en Écosse, une personne, que je reconnus comme étant l'assistant de ma grand-mère, m'attendait sur le quai de la gare.
- Votre Altesse, me salua-t-il. Je vous amène au château. La reine vous attend.
- J'ai reçu le sms en chemin, lui dis-je. Savez-vous pourquoi elle veut me voir ?
- Désolé Monsieur, me répondit l'homme. Vous devrez lui demander vous-même.
Je sus que je ne pouvais rien tirer de ce vieux grincheux qui servait de secrétaire à la reine.
Après le trajet en voiture d'environ 76 km, soit une heure 15 de route à ressasser ces quelques jours dans la capitale française, nous parvînmes enfin vers Balmoral.
Lorsque le véhicule stoppa devant la porte d'entrée, ma mère vint ouvrir ma porte, m'accueillant avec de grands sourires et plein de baisers mouillés.
- Mon chéri, tu es enfin là !S'exclama Esmée. Tu m'as manqué. Comment s'est passé ton séjour à Paris et ton voyage d'aujourd'hui ? pas trop fatigué ?
- Bonjour Maman, lui répondis-je en l'embrassant.
- Tu as passé du temps avec Isabella, comment va-t-elle ? me demanda-elle.
Une soudaine déprime m'envahit. Je me rendis compte qu'elle me manquait déjà, mais j'avais décidé ce matin qu'il me fallait cesser de penser à elle et ne pas la contacter.
Elle aussi m'avais envoyé un message pendant mon trajet. Mais je n'y avais pas répondu.
- Excusez-moi Vos Altesses, nous interrompis mon chauffeur. Sa Majesté attend le prince dans son bureau, tout de suite !
- Qu'as-tu encore fait cette fois Edward ? se plaignit la princesse de Galles.
- Je n'en sais rien ! dis-je à voix haute. Je soupçonne que ce soit à cause d'Isabella, lui chuchotai-je ensuite à l'oreille. Granny ne voulait pas que je la vois, elle n'approuve pas !
- Mon pauvre chéri !me consola ma mère. Si elle se fâche trop, je lui parlerai.
- Pas la peine, Maman, tentai-je de la rassurer. Je sais comment l'amadouer.
- Tu es bien le fils de ton père ! plaisanta-t-elle en me faisant en clin d'œil.
Je me dirigeai ensuite vers l'office de la reine, appréhendant d'avance notre conversation.
- Edward, tu as fait bon voyage ? m'accueillit-elle quand j'entrai dans la pièce.
- Un peu long Granny, lui répondis-je. Mais je veux montrer le bon exemple en prenant le train au lieu de l'avion.
- C'est tout à ton honneur mon garçon, répliqua Granny. Comment vas-tu ? Tu m'as l'air bien pâle ! tu ne couvres rien j'espère ?
- Ne t'inquiète pas. C'est peut-être déjà l'effet de l'Écosse ! plaisantai-je.
- Venons-en au sujet qui t'amènes ici ! dit-elle plus sérieusement.
- C'est à toi de me le dire Granny. C'est toi qui m'as fait convoquer.
- En effet, j'aimerais qu'on parle de ceci ! répondit la reine en me tendant le Sun*4. J'avais formellement donné mon opinion sur une quelconque relation entre vous ! Tu m'avais en plus certifié que tu étais avec un ami et non une femme !
- Nous nous sommes rencontrés par hasard, mentis-je. Nous étions effectivement avec des amis communs, ils ne sont juste pas sur la photo !
- Que se passe-t-il entre vous alors ? pourquoi ces imbéciles de photographes suggèrent que vous alliez vous marier ? !s'énerva la souveraine.
- Calme-toi grand-mère, tu sais comment ils sont, non de Dieu !
- Ne jure pas devant moi Edward ! m'interrompit-elle. Ils ont imaginé des choses alors ?
- C'est leur boulot d'"imaginer" des choses, c'est comme ça qu'ils vendent !
J'étais exaspéré par la situation. Bien qu'elle eût des raisons de s'inquiéter de ce qu'il pouvait y avoir entre Isabella et moi, elle refusait toujours d'admettre que la presse nous harcelait et inventait des histoires pour que leurs fichus magazines attirent l'attention et se vendent par milliers.
Après un long moment à tenter de discuter avec elle pour la convaincre que c'était juste une amie et sans plus, elle laissa tomber et me congédia finalement, alors que le soleil venait de se coucher.
Il était presque 20 heures et j'étais épuisé par mon long voyage de la journée et cette discussion sans fin. Je ne retournai pas voir ma mère et me rendis directement à ma chambre, où je m'endormis rapidement, rêvant à des yeux chocolat qui envoutaient mes songes depuis de longues semaines.
*** LATRP ***
Ce séjour dans le nord ne détendit pas. Je reçus d'autres texto de Bella qui finissait par impatienter à cause de mon ignorance à ses messages.
Il ne valait mieux pas que je lui parle, pour elle comme pour moi je devais continuer à l'ignorer. Ça me bouffait depuis des jours.
J'avais subtilisé le torchon que ma grand-mère m'avait montré à mon arrivée. J'avais découpé la photo de nous deux et l'avais glissée dans mon livre de chevet.
La regarder encore et encore ne pouvait que me faire plus de mal, mais je me refusais de l'oublier et de me débarrasser de mes souvenirs de notre escapade, où j'avais vécu les plus merveilleux instants de ma vie, une occasion que je ne pourrais pas renouveler.
Cet éloignement et ce silence que je me forçais créaient un vide chez moi. Je n'étais pas beaucoup sorti de ma chambre à Balmoral, au grand dam de mes parents qui n'avaient donc pas eu d'occasion de passer plus de temps avec moi, comme c'était prévu avant que je ne vienne les rejoindre.
Comme lors de mon retour de France, ma sœur m'attendait à la gare, mais cette fois elle était seule, incognito, et l'air mécontente. Ce qui n'était pas normal chez elle, elle qui était toujours joyeuse.
- Bon sang Edward !aboya Alice. Depuis quand ne t'es-tu pas rasé ? Comment papa et maman ou même Granny ont pu te laisser dans cet état ?!
- Bonjour à toi aussi Alice, lui dis-je indigné par sa considération.
- Oh Edward que se passe-t-il ?se plaignit-elle. Tu sembles aussi malheureux qu'elle !
- Aussi malheureux que qui ?lui demandai-je d'une voix monotone.
- Bella ! répondit le lutin. Tu ne réponds pas à ces messages apparemment. Elle se demande ce qu'elle a bien pu faire de mal pour que tu l'ignore à ce point !
- Mis à part son oubli de me dire qu'elle est censée se marier mais a quand même couché plusieurs fois avec moi ?! me lamentai-je.
- C'est pour ça que tu la ghostes ? s'emporta ma sœur.
- Pas entièrement, c'est aussi à cause de grand-mère. Elle m'a bien fait comprendre à Balmoral qu'elle désapprouvait une quelconque relation entre Isabella et moi. Je ne sais pas pourquoi elle est si opposée à cette idée. Elle est exaspérante !
- Ne dis pas ça devant quelqu'un d'autre, tu finirais enfermé dans la Tour de Londres !
On parla ensuite de l'anniversaire à venir de Bella, et je constatai dans mon courrier, que j'avais reçus l'invitation, tout comme Alice, ainsi qu'Emmett et Rosalie, m'apprit ma sœur.
J'hésitais à y aller, craignant que nos sentiments réciproques soient-ils ne nous submergent et nous conduisent encore à une autre nuit ensemble. Ce qui était une mauvaise idée si elle devait se marier.
*** LATRP ***
Trois jours avant la fête, je n'avais toujours pas répondu à l'invitation et la date limite pour confirmer était à présent passée.
La reine revint de ses vacances d'été et retourna à Buckingham où elle me fit à nouveau convoquer.
Pour que je ne puisse sans doute pas me rendre à Bruxelles, elle m'avait confié la mission d'aller la représenter lors d'une inauguration au Pays de Galles, m'empêchant donc définitivement de voir Bella pour son anniversaire, pas que j'avais finalement changer d'avis pour me déplacer en Belgique.
- Edward, tu ne vas quand même pas faire ça à Bella ? !me reprocha ma sœur, ayant appris que je ne la suivrais pas à Laeken. Elle compte sur ta présence !
- Ce n'est pas comme si j'avais le choix ! me plaignis-je. Granny a fait en sorte que je ne puisse pas y aller. Je dois être à Cardiff*5 ce jour-là.
- Je suis sûre que tu peux trouver le moyen de venir dès que la cérémonie est terminée et tu seras là pour la soirée !
- Si grand-mère l'apprend, je serai dans un sacré pétrin ! l'avertis-je.
- Je suis certaine qu'il y a une solution ! finit-elle. En attendant, je prends le train avec Jazzy dans quelques heures pour Bruxelles. Em et Rose nous y rejoindront demain soir.
La discussion se termina donc de cette manière. Le lutin quitta Kensington pour la gare internationale avec son mari. Moi je préparais un sac pour mon weekend dans la capitale galloise.
*** LATRP ***
*1: Aberdeen: ville écossaise la plus proche de Balmoral, se trouve au nord d'Edimbourg.
*2: King's Cross, qui se trouve à côté de Saint-Pancras, est la gare de Londres pour les trains qui partent vers le nord, en particulier l'Écosse. Les fans d'Harry Potter doivent s'en souvenir.
*3: Balmoral est la demeure écossaise de la famille royale britannique, château adoré par la reine et dernière demeure de la vraie Elizabeth, de son vivant.
*3: The Sun: journalbritanniquede typetabloïd, l'un desquotidiensde langue anglaise les plus vendus auRoyaume-Uni. C'est un magazine qui a tendance à utiliser le scandale à propos des célébrités. Il est assez populaire dans les pays anglophone et surtout au Royaume-Uni.
il ne faut pas toujours croire ce qu'on y lit!
*4: Cardiff: capitale et plus grande ville du Pays de Galles une des régions administratives de Grande-Bretagne. Tout comme Edimbourg et Belfast, elle abrite son parlement, celui des gallois.

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